mardi 12 août 2008

Notes de Remei Campama et Jaume Miret 1937-1947


Remei 1945-1947

(suite des notes de Remei retrouvée en début 2003). Nous sommes à Marseille depuis le 22/10/1945. Nous logeons à l’hotel en attendant de trouver des places sur un bateau à destination du Maroc)
1/11/45 (Marseille) On se lève tard, jour triste, on fait du courrier, je couds des chaussettes de Jordi. On va au zoo. Jordi admire tant de choses nouvelles pour lui. On assisté à une causerie au CR de JJ LL (?) où je devais rencontrer une compatriote qui devait me procurer du travail, mais elle n’y était pas.
2/11 On va à la gare pour récupérer nos bagages et les porter au Centre d’Accueil, puis on va chez Passy pour voir si j’ai du courrier. Il n’y avait personne. On mange à l’hôtel, puis on va au zoo. Souper au restaurant. Je vais à la rue Pavillon mais je ne trouve pas la personne que je cherche. Courrier.
3/11 Courrier chez Passy. On va au port, il faut revenir demain. Rencontré un jeune qui va à Casablanca et qui me demande des renseignements. Au Centre, je ne trouve toujours pas la personne que je cherche.
4/11 Matin dans la chambre. Repas à l’hôtel, on va au port, après une heure d’attente on me dit qu’aujourd’hui on ne fait rien. Le “Marrakech” est à quai. On visite Notre Dame de la Garde, il pleut très fort, on descend par l’ascenseur et on va au cinéma.
5/11.... On n’est toujours pas sur la liste du port. Le Commandant me dit qu’il envoie un télégramme, mais qu’il faudra peut-être débarquer en Algérie. La Préfecture me dit qu’ils renouvelleront mon passeport. On sort un moment avec le jeune parisien, puis on rentre, j’écris à mon compagnon.
6/11 Je passe la matinée dans la chambre pour faire un peu de couture avant d’aller au restaurant. et on sort pour accompagner le jeune parisien au bateau, mais le “Marrakech” a une avarie et ne partira pas avant jeudi. Il fait très beau temps.
7/11 On va chez Passy (où arrive tout mon courrier), je finis d’arranger les chemises, et après manger au resto. on va jusqu’à Castellane, puis Bd de la Majeur pour voir Violetta. Pour le travail, il faut que j’y retourne demain à 10 h.
8/11 On va d’abord chez Violetta et je fait la connaissance du restaurant où je dois travailler. Il ne me plait pas du tout, mais je le supporterai peut-être. Je dois commencer demain, on me donne 1200 f par mois, et la nourriture pour les deux.. On visite N.D. de la Garde et le Fort St Jean, puis le Vieux Port....
vendredi 9/11/1945 Je vais travailler au resto. je ne peux pas dire que cela me plait au contraire, c’est si sale que ça me dégoûte, et je n’ai rien pu manger. Il me semble que demain je n’y retournerai pas. J’ai gagné 63 f de pourboires. Je crois que le “Marrakech est enfin parti. (note de Jordi : le resto avait une clientèle de nord-africains, je me souviens d’une ambiance plutôt trouble, j’avais essayé d’aider ma mère à servir les clients, mais on m’avait envoyé paître !...)
10/11 Je vais au resto pour dire que je ne peux pas continuer parce que mon fils est malade. Au port me dit de revenir lundi matin. Après manger on va chez Mme Passy, on sort un moment avec elle, elle m’offre le café et je lui coud un pyjama.
11/11 Nous assistons au défilé militaire sur le Vieux Port, puis chez Violetta où l’on mange avant d’aller au cinéma voir “Fra Diabolo”. (presque tous les jours, Remei écrit à Jaume, à la famille, aux amis, et elle reçoit aussi beaucoup de courrier et des colis, et parfois des mandats des amis moréziens, Pour Jaume elle en est à sa 113 ème lettre mais je ne sais pas à quel moment elle a commencé à compter, ce qui est certain c’est qu’elle lui écrit 2 fois par semaine au moins).
12/11 Au port on me dit de revenir cet après-midi, ils n’ont toujours pas de listes de passagers. On attends de 2 h à 6 h1/2 mais on n’est pas sur les listes. Je suis nerveuse, j’ai très mal à la tête.
13/11 Je suis décidée à aller à Miramas. Après manger on va chez Passy, où il n’y a pas de courrier. Je lave notre linge et je fais un pantalon pour Alain (fils Passy), je reviendrai demain pour le terminer.
14/11 Je termine le pantalon du gosse et on mange chez Passy. Je fais d’autres travaux, et on soupe avec eux. En fait on y a passé toute la journée agréablement.
15/11 On part pour Miramas à 10 h45. A l’arrivée du train on trouve Mme Llucia et ses filles. L’après-midi on revient pour récupérer mes bagages et prendre du ravitaillement.
....vendredi 16/11 On est bien à Miramas, Jordi est content, on va l’inscrire à l’école, il pourra débuter lundi.
lundi 19 J’accompagne Jordi à l’école, il mangera à la cantine. Le soir, il se plaint , il n’a pas assez à manger.
20/11 Je retourne à Marseille. Rien de neuf, il faut attendre 3 ou 4 jours. Jordi est satisfait de la cantine.
21/11 Jordi est très content de l’école et de la cantine.....
22/11 Tout continue pareil, on passe notre vie ici , ce qui déjà me fatigue, après tout, je crains de déranger et cela me mortifie. L’après-midi on va dans la forêt pour ramasser du bois. Il fait beau.
....24/11 On me propose du travail de couture. Jirai mardi, car lundi je dois retourner à Marseille.
....26/11 Au port, toujours rien pour nous. (il y a toujours du courrier et colis pour nous chez Passy)
27/11 à 8 h je commence ma couture jusqu’à 18 h. Je suis contente, le soir je fais des chaussettes.
28/11 Je retourne coudre, et on me donne 250 f. Je crois que ce n’est pas mal payé puisque on me nourri midi et goûter.
....30/11 Je vais lever chez Mme Perusini. Ce n’est pas mal, je perçois 100 f et je déjeune avec eux.
1/12 Jordi m’annonce qu’il est premier de sa classe. On est contents !
2/12 On s’est lavé à la fontaine, il ne fait pas froid mais l’après-midi il pleut. J’en profite pour écrire, mais pas longtemps parce qu’il y a des restrictions d’électricité.
....Remei a plusieurs clients : couture, repassage, lessives, etc...pour 20 à 30 f de l’heure + le repas.
....19/12 /1945 Ce matin Maria Insensa a donné naissance à un garçon, à 3 h du matin
...vendredi 211/12 A Marseille toujours rien.
22/12 Je reçois une lettre de Mme Bouvier, de Paris qui me donne une forte déception, il est inutile d’espérer partir avant février. Quelle catastrophe, je suis désespérée.
...mardi 25/12, jour de Noël, je reçois une lettre et carte de Jaume, c’est ma seule satisfaction, je me sens aimée, le jour est très triste pour moi, loin de toute ma famille. L’après-midi, Jordi va au ciné avec Lliberata et famille, et je vais faire un tour en moto avec Joan.
...31/12 Il y aura maintenant des tickets pour le pain....
01/01/1946 Une année nouvelle qui commence, c’est la plus triste pour moi depuis que je suis en exil loin de tous, heureusement j’ai un mari qui m’aime et cela soulage ma solitude.
2/1 On va à Marseille avec Cecilia, Maria-Rosa, Nuri et Jordi.On visite un peu, je crois qu’ils sont contents. Je vais voir M. Guerra del Rio qui me dit qu’il fera son possible pour obtenir notre départ, il s’est constitué un Consulat pour les républicains espagnols, et demain je m’y présenterai.
3/1 Je n’ai pas vu le Consul qui n’a pas encore pris ses fonctions. Je retourne chez M.Guerra del Rio qui me donne une lettre de recommandation pour M.Bonet qui doit repartir à Paris. Ce monsieur me donne de l’espoir
...vendredi 11/1 Je reçois une lettre de Jaume avec une coupure de journal indiquant que le Ministère de la Guerre met d’autres bateaux à disposition des civils qui habitent au Maroc. L’Office du Maroc m’informe qu’il n’est pas en mesure de me donner une date d’embarquement.
12/1 A Marseille je revoie M.Guerra del Rio, qui me conseille d’écrire à M.Bonet.
13/1 Sur les conseils de Jaume, je vais voir un M.Michel (?) qui habite à Graus. J’y vais avec Artémi et Lliberata,et heureusement Artemi a un vélo, et à tour de rôle il nous porte sur son vélo. C’est assez loin.
...15/1 S.I.A. (Solidarité Internationale Antifasciste) organise une séance de cinéma “Bas Quartiers” je vois aux actualités l’enterrement de Durruti et des paysages de mon pays. J’ai dû laisser Jordi au lit avec de la fièvre.
16/1 Jordi a 39°. Jaume me dit dans une lettre qu’il a confiance dans l’action de M.Michel, mais je n’y crois pas.
...17/1 Jordi va mieux mais tous les autres sont malades....
...19/1 J’ai trouvé Jordi en larmes, il a mal à la gorge, et il tousse. Je lui fait un cataplasme de cendre et de vinaigre et ça l’a calmé.
...jeudi 24/1 Enfin, je reçois une lettre de M.Bonet avec une bonne nouvelle : je suis inscrite pour un départ par avion de Marignane, il me demande de me préparer et de lui envoyer ma date et lieu de naissance....
25/1 A Marseille, tout va bien, je peut envoyer mes bagages pour le prix de 1400 f, je fais prolonger ma carte d’identité et je récupère les paquets que j’avais laissé.
...28/1 Remei reçoit toujours beaucoup de courrier de Morez, et entre autres 6 cartes de ravitaillement pour des pommes de terre de la part de “Tante Mars”.
...31/1 ...Jaume sait déjà que je dois le rejoindre par avion, il est content mais il n’y croit pas trop, mon pauvre mari me fait un exposé qui me rappelle les durs moments et aussi les bons que nous avons passé ensemble...
...2/2 ... lettre de M.Bonet, il n’avait demandé qu’une place et il faut tout recommencer pour en avoir deux !
Joan Fusté sort pour aller chercher des pommes de terre, les gendarmes de Salon l’arrêtent et lui prennent la moto (il n’avait pas de permis). On ira voir M.Guerra del Rio.
... 5/2 On va à Marseille avec Joan Fusté et on n’a pas de chance, M.Guerra del Rio est parti pour l’Espagne. Une connaissance de Violetta fera le nécessaire pour récupérer la moto en payant l’amende et Joan devra passer son permis de conduire. J’en ai profité pour porter une douzaine d’oeufs à la famille Bonet.
...8/2 par Mme Bouvier j’apprends qu’un employé de M.Bonet l’a informé de l’arrivée de 2 avions de Dakar, et qu’il sera peut-être possible d’avoir une place lors de leur retour en Afrique.
...10/2 formidable Mistral . On va au ciné pour “Les Misérables”.
...12/2 Le cousin Faust Campama annonce son passage à Miramas (cousin germain de Remei, réfugié en France en 1939 à 17 ans, engagé dans la Légion Etrangère où il a fait toute sa carrière achevée comme Adjudant -chef, avec des états de service flatteurs, il était dans le Vaucluse à la fin de la guerre).
...15/2 Lettre de M.Bonet : déception, je le craignais, il n’y a qu’une seule place dans l’avion. Il faudra attendre encore.
samedi 16/2 A 8 h, le cousin Faust arrive. A 19 h je reçois un télégramme de M.Bonet : il y a une occasion, un avion part de Paris mardi, si je veux, je dois être à Paris lundi. Je le regrette pour Faust mais j’envoie de suite un télégramme d’acceptation.
17/2 j’envoie un télégramme à Jaume. Le train doit partir à 17 h57 de Miramas mais il a 45 minutes de retard à cause du Mistral qui renverse des poteaux en travers des voies. Je suis contente de partir, malgré les amis et Faust. Arles, Avignon, Orange, Montélimar, Valence, Lyon à minuit. On est bien installés dans un compartiment et on se prépare à passer la nuit. A 6 h, lors d’un arrêt, un gendarme qui voyage avec nous a l’amabilité de nous apporter un café au lait.
A 7h30 nous sommes à Melun, et à 8 h à Lieusaint,, si les amis qui sont ici (les Colet, avec Céline) savaient qu’on est si près !...A 8 h30, Paris, il faut prendre des renseignements pour aller à la gare de ....(?). Mais ce n’est pas nécessaire, M.Bonet nous attend à la sortie ! Quelle joie ! Il nous envoie à la Madeleine, on voit la Chambre des Députés et des Ministères et enfin à la rue Tronchet on le retrouve. Il nous met au courant de ce qu’il sait, et pour les détails on doit revenir à 11 h. En attendant on visite un peu, puis on revient et c’est un jeune marseillais qui nous reçoit et nous accompagne au Ministère de l’Air pour nous présenter le Capitaine Cote qui est de Miramas. On est très bien reçus, et en plus on me dit que le voyage sera gratuit, ce qui me surprend beaucoup ! On devrait faire les papiers de suite mais il n’y a pas de dactylo, il faudra revenir cet après-midi. Pendant le trajet, le jeune homme me disait qu’il s’était évadé d’Allemagne en 1941, il est passé par Champagnole, et il connaît Miramas. On avait laissé les bagages rue Tronchet, mais c’est fermé pendant la coupure de midi, on va manger et on récupère les bagages. M.Bonet refuse d’être payé pour quoi que ce soit, il accepte seulement que je rembourse les 129 f du télégramme. C’est un homme “chic”. J’ai quand même donné 1000 f au jeune employé. On retourne au Ministère où on me donne un Ordre de Route, l’employé n’accepte aucun paiement mais il accepte l’invitation à venir nous voir à Rabat. Je suis très satisfaite, et maintenant, je peux dormir tranquille jusqu’à demain, ça me fera du bien car je suis très fatiguée. Je n’ai pas dormi depuis 2 nuits ! mais avant de me mettre au lit j’écris à Jaume et aux amis de Morez et de Miramas.

mardi 19/2/1946
On se lève à 6 h. A 7 h30, le taxi nous emmène à l’aérodrome de Villacoublay. On passe par l’Arc de Triomphe, les Invalides,la Tour Eiffel, que Paris est beau ! A 8 h05, on est au terrain, pas de difficulté pour y entrer. M.Bonet reste pour nous voir partir. Décollage magnifique à 9 h15, le temps est brumeux mais on peut quand même contempler le paysage. C’est impressionnant, mais bien agréable. Je ne ressent aucune gêne, on n’est pas nombreux, seulement une jeune fille et 5 hommes. (note de Jordi : l’avion est un bimoteur, type Douglas DC3 je crois, appartenant au Ministère de l’Intérieur, Il y a une dizaine de sièges, peut-être avons-nous voyagé sans le savoir avec des personnalités très importantes, Ministres ou autres !).
A 10 h tout va bien, il y a quelques nuages qui ressemblent à des fumées, à 10 h15 on passe sur une ville que traverse une rivière. Que la vue est belle, les cultures sont bien tracées. A 10 h30, le terrain devient moins riche et plus accidenté, on dirait une vue de crèche, 10 h50, le paysage change beaucoup, les champs sont au milieu des bois et le terre plus ....(?) et les maisons de style provençal. on vole à faible altitude et on peut voir beaucoup de détails des routes, et villages,c’est magnifique de voyager en avion. 10 h55, on passe sur Périgueux, que c’est beau ! 11 h15, la Garonne et une grande ville, les rues semblent animées, la terre est très belle et fait contraste avec le vert des champs, la Garonne serpente, et nous on suit son cours. A 11 h30, un camp d’aviation à nos pieds et une vue magnifique, l’avion fait de tours et des tours et atterri, ça fait tourner un peu la têt, on est au sol, moi tranquille et Jordi aussi. On repart à 11 h40, je voulais envoyer un mot aux Moureaux mais je n’ai pas eu le temps. Un terrible aspect de destruction, sensation, on descend et on atterri à nouveau. J’envoie une carte postale, je bois un café et je change 20000 f. A 12 h30 on repart.
12 h45, quel panorama, sous nos pieds et à gauche, une mer de nuages qui ressemble à un champs de neige, tandis qu’à droite on admire les crêtes des Pyrénées sous un beau soleil. 13 h les nuages disparaissent, Perpignan à nos pieds, tout plat, la terre jaune et je cois des vignes. La mer, la terre disparaît peu à peu, on devine à droite la terre espagnole, si les miens savaient que nous sommes si près d’eux ! 13 h40, je vois encore au loin les montagnes d’Espagne, d’ici quelques secondes on ne verra plus que le ciel algérien. On vole à 2000 m. 14 h50, Iles Baléares, on passe le temps agréablement en parlant avec un jeune. Il fait chaud. 15 h, la côte algérienne, on voit des montagnes enneigées, le pilote nous annonce l’atterrissage. 15 h10, Alger sous les yeux c’est beau, superbe.
En descendant de l’avion, on fait viser nos papiers et on attend une camionnette qui nous mènera à Alger. D’abord il faut aller au Centre d’Accueil, je dépose les bagages et je demande si je peux sortir mais il n’y a rien à faire il faut attendre demain. Ils ne veulent rien savoir. Pour la chambre, je cherche pendant des heures en vain, ce qui me pousse à demander un renseignement à un homme devant la gare qui me dit qu’il faut demander aux “Wagons-lits” et il m’accompagne lui-même. Je vais chercher le petit. Une fois installés j’ai été surprise de l’attitude de l’homme qui m’accompagnait encore avec le responsable des Wagons-lits et un autre. Ils s’assurent que les portes ferment bien,et me font quantité de recommandations, ce qui m’étonne et je passe une nuit blanche avec en plus des souris et des punaises, je laisse la lumière allumée et je veille jusqu’à ce que je finisse par m’endormir à l’aube. A 8 h on saute du lit et on part sans se préparer, et le fameux bonhomme est déjà là qui nous demande si il n’y a rien de nouveau et veux nous accompagner à Air-Algérie avec un taxi. Je refuse, ce qui semble le vexer. On prend le tramway seuls, et un jeune me renseigne et m’accompagne très aimablement à Air-France.. Je ne peux pas partir avant 10 ou 15 jours. Je vais à Air-Algérie et là on me donne la possibilité de partir demain pour Rabat, il faut vite apporter les bagages. Je vais tout de suite envoyer un télégramme à Jaume et chez Moureaux. J’achète des cartes postales que j’envoie à la famille et aux amis moréziens. On déjeune en plein air, il fait beau, je cherche à nouveau une chambre mais sans succès. Il faudra donc retourner au même endroit. on admire le port et on prend un taxi pour récupérer nos bagages. On doit attendre un bon moment au bureau où je suis actuellement, j’ai encore peur que le voyage soit reporté, ça me tracasse maintenant que j’ai décidé de ne pas prendre le train. A 17 h la liste arrive et mon nom n’y figure pas, je suis découragée et je vais jusqu’au centre pour voir.....(?), c’est fermé mais j’insiste, on m’ouvre, et on me dit que tout est arrangé. (note de Jordi : ensuite on retourne à l’agence et on rencontre une jeune femme qui accepte de partager sa chambre ! Remei ne dit pas que l’avion qui nous attends le lendemain est un avion militaire qui fait le plein avec des civils, j’ignore comment cela s’est fait.




jeudi 21/2/1946
On sort de l’hôtel où nous avons passé la nuit avec une jeune femme qui nous a hébergée et on part à 6 h vers Maison-Blanche (aérodrome d’Alger). On décolle à 8 h par un temps un peu brumeux.
( l’avion est un Junker 88, en tôle ondulée, récupéré chez les allemands par les Alliés, on est assis le long de la carlingue comme les parachutistes, je suis coincé sur mon petit siège par un général qui pèse plus de 120 kg et qui prends beaucoup de place !)
On arrive à destination après avoir fait escale à Oran, Meknès, Casablanca et enfin Rabat à 17 h. On doit prendre un taxi pour arriver à la maison où on trouve mon mari très désolé car il avait été à l’aérodrome et ne nous voyant pas il croyait le voyage remis. C’est que nous étions dans un avion militaire. Ses amis nous accueillent avec un magnifique bouquet de fleurs.
vendredi 22/2 Je suis fatiguée du voyage, On mange chez Mme Ramona Carrasco et on fait les démarches pour la carte d’identité et de ravitaillement. J’écris aux amis et j’envoie un télégramme chez Moureaux.
samedi 23/2 je commence à recevoir du courrier, à chaque instant on a des visites d’amis qui m’empêchent d’écrire. Je suis contente d’être au coté de mon compagnon ! j’en avais envie depuis longtemps ! maintenant il faut que nous puissions profiter de tant de bonheur.
...25/2 Jaume commence à travailler, je traîne dans la maison, ça me semble bizarre de dire “notre maison”...
26/2 J’envoie Jordi à l’école, il est content.
27/2 Ce soir on est allé au cinéma, pour une fois, les amis ne sont pas à la maison.
28/2 On reçoit la visite de la famille Ardebol
....2/3 On parle de l’Espagne, Franco a fermé la frontière (le courrier ne passe plus entre l’Espagne et le Maroc, pendant plusieurs mois, les rares lettres ont dû être transmises par un ami qui habitait Tanger)
....11/3 J’ai peur pour Jordi qui a du mal à l’école, lui qui a manqué tant de cours depuis le début de l’année scolaire.
...14/3 Les Messageries Eclair annoncent que les bagages sont partis de Marseille vers Casablanca.
....24/3 Ce matin j’ai été me doucher, puis au marché, on déjeune avec la petite Juanita Gallardo, on va chercher le fils Ardebol (Jacques, interne à l’école) et avec Mme Antoñita on va au musée des Oudaïas.
Note de Jordi : Remei écrit beaucoup et envoie de nombreux colis aux amis de France, surtout des oranges, des citrons, des dattes, des sardines du savon et des sandales , le tout introuvable en France où il y a encore du rationnement, ou hors de prix. En échange elle reçoit des mandats et des colis de Morez avec du beurre par exemple. Elle va de temps en temps au cinéma le soir, en famille et elle reçoit beaucoup d’amis de Jaume. Il n’y a pas de salle de bains dans l’appartement et on prend nos douches dans un établissement spécialisé du quartier de l’Océan, 3 ou 4 fois par mois. Le reste du temps on se lavait dans une bassine au milieu de la cuisine.
...dimanche 31/3 On célèbre notre 12 ème anniversaire de mariage, avec des amis : 30 à l’apéritif et 10 au repas. Certains sont très amusants (elle ne dit pas que sur ces 12 ans il y a eu 9 ans de séparation du fait de la guerre !)
...18/4 les paquets arrivent, en assez bon état, mais il manque un pantalon de Jordi. Je paie la somme respectable de 2007 f.
...8 mai, depuis quelques jours je n’ai rien écrit sur mon journal, c’est que je ne me sens pas très bien. Il y a 2 jours j’ai vu le médecin qui me donne un médicament contre l’anémie. Mais il me semble qu’il s’agit d’autre chose et le docteur aussi.
...mardi 9 juillet on ouvre un livret de Caisse d’Epargne pour Jordi 6500 f. Il fait une chaleur insupportable 45 °.
...2 août On va voir Jordi qui est à Camp Monod (chez Ardebol) depuis plusieurs jours. Il doit revenir pour ses cours de vacances.
Note de Jordi : Curieusement, Remei termine l’année sans faire la moindre allusion à sa grossesse et son accouchement proche ! ça ne m’étonne pas beaucoup, elle s’occupait plus des autres que d’elle-même, et son état devait lui sembler tellement naturel qu’elle n’éprouvait pas le besoin d’en parler.
“Tante Mars”, depuis Morez dans une lettre du 5/12/1946 évoque pour moi la naissance prévue d’une petite soeur pour début décembre (?). J’ignore quels moyens existaient à l’époque pour prévoir le sexe de l’enfant, c’était peut-être une simple supposition. Dans une autre lettre de janvier 1947, elle parle d’Aurore en disant “la petite brunette aux yeux bleus , et sage“.
C’est Jaume qui prend le relais le mardi 31 décembre 1946 :

A 2 h45, à la maternité de Rabat, Remei a donné naissance à une fillette qui pèse 3660 g à la naissance. Le 3 ème jour,la petite a un peu baissé 3460 g. J’ai écrit à toute la famille et à tous les amis (suit toute la liste).
3/1/1947 J’ai déclaré notre fille à l’Etat Civil sous le nom d’Aurora.
4/1 Remei a de la fièvre jusqu’à 39.8, suite à une congestion intestinale aggravée par la montée du lait. La petite Aurora continue bien.
5/1 Remei a été soignée, sa fièvre est retombée au niveau normal. La petite continue bien, elle pèse 3500 g. L’après-midi elles ont eu beaucoup de visites.
....8/1 La maman et la petite Aurora sont revenues à la maison ce matin.
9/1 Je profite d’un congé de 3 jours à l’occasion de la naissance. On reçoit beaucoup d’amis.
10/1 Remei reprend son journal : elle n’évoque que sa correspondance très nombreuse !.
17/1 La petite pèse 4 kg.
...24/1 4,2 kg ....31/1 4,470 kg ...14/1 4,800 kg
....22/2 on reçoit un colis des Moureaux pour les enfants.
...4/3 A la maternité pour Aurora qui souffre de constipation : 1 cuillerée d’huile d’amandes douces le matin. Elle pèse 5,650 kg et ça fait 3 nuits qu’elle ne se réveille pas .
....27/3 A la maternité : le lait me manque un peu, la petite n’a pris que 150 g en 15 jours (6,800 g). Il faut essayer le biberon.
...3/4 /1947 6,450 g. Le docteur de la maternité ne veut pas me faire de certificat pour le lait prétextant que la petite pèse trop !
La poste n’accepte plus les colis. En France, il y a du rationnement et les envois pouvaient être considérés comme du marché noir !

Fin du carnet- début du bloc-notes
...8/5 On reçoit enfin le paquet de Vilafranca par l’intermédiaire de Tanger attendu depuis longtemps, avec du fil, des bas et des chaussettes. Jordi a passé avec succès le concours des Bourses.
...29/5 Aurora pèse 7,800 kg. On me donne un certificat pour allaitement artificiel
...3/6 Jordi passe avec succès le Certificat d’études.
4/6 vaccin pour Aurora à la maternité.
...8/6 le vaccin n’a pas pris, il faudra le refaire en octobre
9/6 Je fais ma lessive comme d’habitude. La petite se porte à merveille et elle est très gracieuse.
...11/7Aurora est très enrhumée depuis plusieurs jours et indisposée par sa constipation. Le docteur la trouve bien et lui ordonne du sirop de pommes rainettes.
...24/7 Aurora 9,030 kg
...7/8 ça va mieux, elle boit son bouillon de légumes mais refuse la semoule.
...22/9 On a la surprise de recevoir l’annonce par l’Instruction Publique de la “désignation” de Jordi à l’Ecole Industrielle avec une bourse complète c’est à dire 7200 f par trimestre.
23/9 L’école nous envoie la liste du trousseau pour Jordi. C’est beaucoup, je perd courage et je ne sais pas par quoi commencer. Je vais en ville et je ne trouve pas ce qu’il faut. A la rue des Consuls (principale rue de la Médina), on achète de quoi faire des draps, tout doit être prêt pour le 30 à l’école.
24/9 Jordi n’est pas mécontent mais il aurait préféré rester à Rabat.
...29/9 pendant 5 jours on s’y est mises à 3 pour tout préparer (avec Mmes Ramona et Encarnation)
mardi 30/9 On accompagne Jordi à Casablanca. On nous dit qu’il n’y aura pas de classe avant lundi prochain, on revient donc avec Jordi en laissant son trousseau. Mauvaise journée, le “sirocco” nous a beaucoup gêné.
...2/10 il y a plusieurs jours que je n’ai pas parlé de la petite qui se fait très sympathique et qui se porte bien.
...dimanche 12 octobre (Jordi est à l’école et a déjà écrit 2 fois). Jaume est allé le voir, il est très content de l’internat et optimiste quant à sa nouvelle vie.
(Jordi a un correspondant à Casablanca où il peut se rendre les dimanches , c’est d’abord la famille Daza puis la famille Godoy, de bons amis de Jaume).

...16/10 Aurora 9,970 kg Elle va bien.
...22/10 Aurora fait ses 2 premières dents.
...11/12 Je consulte a la maternité pour Aurora car la diarrhée persiste, elle pèse seulement 10,100 kg, elle a donc pas mal perdu.
12/12 ça va mieux, elle marche seule depuis quelques jours.
...31/12 Jordi est en vacances, on fait un petit apéritif avec les amis, pour le 1er anniversaire d’Aurora. Jaume m’offre une montre-bracelet, je suis contente.
...2/1/1948 On a les notes de Jordi, elles ne sont pas excellentes on espère qu’il travaillera mieux.
...12/1 Aurora est indisposée, elle n’a pas faim, sans doute à cause des dents. Elle en a 3.
...14/1 Jordi nous écrit que suite à une erreur de l’infirmerie de l’école, on lui a enlevé ses draps et couverture et qu’il est resté 2 jours sans literie (il s’agissait de désinfecter la literie d’un autre élève malade !).
...17/1 1ère colle pour Jordi dimanche prochain, on devait aller le voir, on ira le dimanche prochain.
...19/1 Jaume qui était fiévreux depuis hier, se lève pour aller prévenir l’Infirmerie de Garnison qu’il ne peut pas venir travailler. Il prend une grosse engueulade du Commandant pour s’être levé et il revient se mettre au lit.
...20/1 Jaume est encore au lit, j’ai téléphoné à son travail (pour téléphoner, il fallait aller chez un commerçant ou à la poste). La petite va bien, mais moi je suis enrhumée.
(à partir du 21/1, c’est Jaume qui prend le relais pour ce” journal”)
...05/2 de Jaume : Remei ne se trouve pas bien depuis 2 jours, elle a vu le médecin Dr Labra, il s’agit d’une fatigue générale, faiblesse qu’elle traîne depuis longtemps, aggravée par l’allaitement qu’il faudra arrêter. Aurora continue forte et dynamique.
...21/2 La petite a passé une mauvaise journée en pleurant, on pense que c’est à cause des dents.
...27/2 L’école Industrielle nous informe par téléphone à M.Mauchaussé, que Jordi s’est cassé le bras (radius gauche), mais que ce n’est pas grave.
dimanche 29/2 On va voir Jordi en train. Il va bien malgré son plâtre (pour 3 semaines). Il est à l’infirmerie
01/03/1948 Tout augmente continuellement, les augmentations de salaires ne compensent pas. Idem pour les loyers qui augmentent de 60 %. On a un litige avec le propriétaire au sujet du paiement de l’eau.
...6/3 Jaume a son costume : 12000 f.
...8/3 Aurora continue gentille et terrible, il lui sort des boutons en plusieurs parties du corps.
...13/3 Les Bastardas nous annoncent la naissance de Lluis.
...20/3 classement de Jordi (2ème trimestre): 13 ème sur 32 avec moyenne de 10,96. Il arrive le soir en train, il n’a plus le plâtre, Aurora est surprise, comme si elle ne le reconnaissait pas, mais elle veut jouer avec lui.

J’abrège cette traduction qui devient trop longue. Jaume rend compte de la vie de la famille à Rabat , de ses travaux à l’Infirmerie de Garnison, des courriers reçus et envoyés, des visites des amis etc...
Faits marquants :
mai 1948 : jordi doit porter des lunettes, Aurora a 6 dents de devant et 4 molaires. Remei fait beaucoup de broderie.
juin 1948 : Guerre de Palestine, trêve décidée par l’ONU, assassinats de juifs par des arabes à Djerada (près d’Oujda). Assassinat du Pacha d’Oujda par un autre arabe. L’armée est consignée.
Jaume fait des meubles pour nous pendant ses congés. il a 39 ans en fin juillet.
Un ami part de Rabat et nous vend quelques affaires dont son poste de radio, le premier pour nous.
Août 1948 : la justice condamne les 18 locataires a rembourser au propriétaire Hadj Kacem Miko les charges d’eau et 2400 f. de frais de tribunal. On fait appel.
Septembre 1948 : L’armoire est finie, je paie 2000 f au vernisseur.
Inauguration du pont entre Rabat et Salé. Marcel Cerdan est champion du Monde en battant Tony Zale à New York.
Novembre 1948 : Aurora est toujours aussi agréable, elle ne parle pas encore.
décembre 1948 : pas d’augmentation de salaire, au contraire on retient à Jaume 1091 f pour des arriérés de cotisation retraite de 6 %.( on en parlera plus tard, car ce problème de retraite a beaucoup perturbé Jaume : il n’a pas pu bénéficier de ces cotisations, ce fût scandaleux).
Janvier 1949 : Suite à une inspection, le 8/1/49, la SMD (équivalent de EDF) coupe l’alimentation d’électricité de l’immeuble pour non conformité. Le 18 on nous coupe l’eau car le propriétaire refuse de payer à la SMD, elle est rétablie le 20..
Remei a des problèmes avec son oeil gauche.
Le 23 janvier la mère de Jaune est décédée après 4 jours de souffrance. Elle n’aura pas pu revoir son fils absent depuis 10 ans.
Mars 1949 : une jeune fille arabe vient aider Remei le matin.
Le 17 mars on n’a pas encore d’électricité (travaux en cours) et on nous a enlevé le compteur d’eau de l’immeuble le 14.
Le 21 on a enfin de l’électricité, depuis plus d’un mois et demi on s’éclairait avec des chandelles et des lampes à pétrole. Suite à un référé , la SMD accepte de remettre l’eau en service.

(Fin du bloc-notes)

Traduction littérale (ou presque) des notes prises en catalan par Remei Campamà épouse Miret lors de son passage en France avec son fils Jordi.

(Les notes en italique sont des commentaires du traducteur)

Le soulèvement fasciste contre la République espagnole date du 18 juillet 1936. Jaume Miret est mobilisé peu après.
En janvier 1939, les troupes franquistes atteignent la Catalogne. De nombreux réfugiés des provinces du sud continuent leur fuite vers le nord, accompagnés de catalans qui refusent le joug fasciste.
Remei est l’une des principales responsables de la Collectivité de Ferran (Coopérative de Sant Pere). Cette Collectivité a réquisitionné les exploitations agricoles des propriétaires qui ont rejoint les forces de Franco. En fin 1938, ou début janvier 1939, en concertation avec Jaume qui passe quelques heures à Sant Pere (il arrive de Valence par bateau pour participer à la défense de Barcelone), Remei envisage de partir vers la frontière pour échapper à l’avancée de l’ennemi. Elle se met en route avec de nombreux autres dont Céline (Célestina Colet) et sa famille, vers le 10 janvier. Le voyage se fait à pied, les bagages, matelas, couvertures, etc.. sont transportés par charrettes à cheval. La colonne reste quelques jours dans la banlieue de Barcelone, chez des parents de Céline, en attendant l’éventualité d’un arrêt de la progression des fascistes. Malheureusement, les informations sont très pessimistes, et la colonne repart vers le nord. A Cardedeu, l’aviation attaque la colonne qui se disperse dans les bois. Les mitraillages et le bombardement ne font semble-t-il que quelques blessés. Il semble ensuite qu’il y ait une volonté de semer la panique, et de désorganiser la colonne, et à plusieurs reprises des avions se font menaçants sans bombarder.
Après plus de quinze jours de voyage au total, Remei arrive parmi les premières à la Junquera, probablement le 30 ou le 31 janvier, avec Jordi dans ses bras (Céline la relaie de temps en temps).
La Gouvernement français déclare l’ouverture des frontières aux réfugiés à partir du 28 janvier 1939, mais en réalité, Remei et les autres réfugiées doivent attendre le 2 février pour passer le Perthus, après s’être présentées à la frontière qui restait fermée les 31 janvier et 1er février. Seules les femmes et garçons de moins de 14 ans sont autorisés à entrer en France. C’est Remei qui est chargée d’établir la liste des personnes de son groupe avant passage de la frontière. Les seuls bagages autorisés ne contiennent que du linge de corps et une ou 2 couvertures. Remei et les autres femmes s’enroulent des pièces de tissus autour du corps. La monnaie espagnole n’a plus aucune valeur. Remei ne possède plus rien, elle va entrer dans un pays dont elle ne connait rien.
.. Elle ignore que son mari Jaume a été blessé à Barcelone le 25 janvier 1939 (jour de la chute de Barcelone) et qu’il est prisonnier des troupes franquistes. Elle n'a pas encore 26 ans, Jaume a 29 ans, ils se sont mariés le 1er avril 1934, Jordi a 3 ans 1/2. Ils ne se retrouveront que 7 ans plus tard, 21 février 1946 à Rabat


02 /02/1939 Après avoir fait la queue pendant toute la journée à la Junquera, on réussi à partir à 2 heures du matin vers la France : très bien organisé avec des camions, on fait l'évacuation de ceux qui veulent fuir des griffes du fascisme envahisseur. J'ai beaucoup de peine en pensant à ceux qui restent mais j'ai confiance, ce sera pour peu de temps. Notre fils Jordi Llibert est très content pour l'instant parce qu'il sait qu'il pourra avoir du chocolat, mais il a aussi pleuré quand il a su qu'il ne verrait pas encore son papa. Vivement que l'on puisse se retrouver pour toujours.
3/2/1939
J'ai eu une mauvaise impression en arrivant car avec les gendarmes de la frontière, il y avait des noirs avec des anneaux dans le nez, et autres anomalies qui ne me plaisent pas (cela lui rappelle les troupes arabes de Franco). Après cela on fait une heure de voyage avec plusieurs arrêts pour savoir si il y avait des hommes avec nous. Beaucoup de descentes et de virages, certaines ont des malaises. Près de la ville où nous devions aller et dont je n'ai pas pu comprendre le nom (Le Boulou ?) parce qu’on nous a amené directement à la gare, j'ai vu le plus beau pont moderne que j'aie vu jusqu'à maintenant. Dans le train on a essayé de dormir mais il faisait très froid, et on n'est parti qu'à midi. Là a commencé notre "enchantement" pour les merveilles que l'on voyait; Le premier village trouvé s'appelle Banyuls d'Aspres où beaucoup nous attendaient chargés de pain, chocolat et oranges. Moi qui pensait que le Penedès était une très grande plaine, on a roulé pendant 2 heures sans voir autre chose que vignes et champs, et aussi beaucoup d'eau, mais il me semble que la terre n'est pas des meilleures.
J'ai vu quelques hommes qui taillaient les ceps. Après 2 heures, ça m'a semblé encore mieux, nous étions sur la cote et nous avions l'eau à nos pieds. Par endroits, il n'y avait que le passage pour le train, avec de l'eau des 2 cotés. Des gares où nous sommes passés, je ne me souviens que de Broville (Brouilla), Elne, Perpignan, Sortie(!), Narbonne, Beziers, Sête-Ville, Tratignan, Buvette(!), Nimes, Tarascon, Valence, Chase sur Rhône, Broteaux, Sortie, Bellignit, Oyonnax, Dortan, Lavernes, Luprenes, Saint Claude et à la fin Morez du Jura où on est arrivés à midi. C'est l'endroit où on nous a laissés à près de 12 km de la frontière suisse, parce que tout est couvert de neige. Il fait très froid, mais le panorama ne peut pas être plus beau. Il y avait beaucoup de monde pour nous attendre et nous accompagner au réfectoire où on nous a donné de la purée qui nous a réchauffé l'estomac, et d'autres plats de goût français qui nous ont bien plu. L'après-midi, on nous a vaccinés. Le dîner était bon et pour dormir nous sommes allés dans une salle de gymnastique. En guise de matelas, nous avons de la paille, mais patience, nous nous habituons à tout, et de plus personne n'était prévenu de notre arrivée si rapide, et ils pensaient pouvoir s'organiser petit à petit. Il faut remarquer aussi la sympathie de toutes les femmes et de tous les hommes pour nos enfants qu'ils prennent dans leurs bras et qu'ils couvrent de baisers en leur donnant des bonbons. C'est une grande peine pour nous de ne pas pouvoir se comprendre, mais on y arrive avec beaucoup de volonté.
Samedi 4/2/1939
Cette nuit s’est déroulée parfaitement, ce sont mes compagnes qui nous ont réveillés pour le déjeuner, il y avait du café au lait, puis à du potage pour midi. Arrivent des personnes chargées de linge et de friandises pour les enfants qui apprécient ! On a pu se laver, on en avait besoin. Si on veut, on peut aller à la mairie pour avoir des vêtements et des bottes pour la neige, c'est à dire que nous sommes très reconnaissants de l'accueil que l'on nous a fait. J'ai écrit à mes parents.
5/2/1939
Rien de spécial, j'ai écrit à ma belle-soeur, à mon mari, Maria Torns et Aurélia Ballesteros. Mon plus grand plaisir aujourd'hui a été de pouvoir me doucher. Comme c'est dimanche, les enfants ont encore été gâtés par les hommes et femmes qui viennent nous voir avec des friandises.
6/2/1939
Rien de neuf mais mon fils semble indisposé. Je pense que c'est dû à la différence de climat et de tout ce qu'on lui a donné. Si cette nuit ça ne va pas mieux, je verrai un médecin demain. Cette nuit, il ne dormira pas sur la paille car on lui a apporté un berceau.
7/2/1939
Cette nuit le petit a encore vomi, j'ai vu le médecin . Avec une purge ça ira mieux mais comme je n'ai pas de francs pour payer, le médecin me fait un papier pour la pharmacie. L'après-midi ça allait mieux.
........16/3/1939
37 jours après la dernière note, et je peux dire que ce sont les plus amères de mon existence.
Le 8/2, nous étions indisposés tous les 2 avec beaucoup de fièvre. On nous a transportés à l'hôpital où nous sommes encore. Des premiers 8 jours, je ne peux dire que peu de choses car d'après ce que l'on me dit, j'ai été très malade et je ne me rendais compte de rien, ce fut comme une grosse grippe, ou plutôt une"gastroa tifulosa" et j'ai eu énormément de fièvre jusqu'à ce que je saigne beaucoup du nez, j'avais plus de 40° tous les jours d'après ce que je vois sur le papier que les soeurs mettent à jour. Passé cela, commence pour moi, le "mal être" car le docteur m'annonce que mon fils a une pneumonie au 7èmè jour; j'ai passé une nuit de terrible angoisse, pensant perdre mon cher fils d'un moment à l'autre. Mais par chance, le matin il n'avait plus de fièvre. On a passé 2 ou 3 jours tranquilles quand d'un seul coup la fièvre remonte très haut, le médecin ne comprend plus, il pense que c'est toujours une indisposition stomacale qui durerait encore 2 jours. En fait, il s'agissait d'une "gastrique" des plus cruelles. Il a passé 12 jours entre la vie et la mort, ça m'a semblé une éternité, je n'ai jamais pu dormir ni de nuit ni de jour. Pendant ces 12 jours rien n'est passé par sa bouche autre que de l'eau bouillie, et encore même cela ne passait pas. Ma plus grande crainte c'est que sa faiblesse l’empêche de résister longtemps alors qu'on le nourrissait par sérums et injections ainsi que des lavements. Maintenant on me dit qu'il est hors de danger, je ne me fais pas d'illusions mais je vois qu'il va mieux car chaque jour la température baisse de 2 ou 3 dixièmes et qu'il mange un peu. Aujourd'hui on lui a fait une autre prise de sang.
18/03/1939
Mon fils a moins de fièvre mais je ne suis pas rassurée, car tant qu'il avait beaucoup de fièvre il résistait alors que maintenant il semble abattu, je crains que son coeur ne résiste pas, et que je me réveille un jour dans le malheur comme c'est arrivé, il y a peu, à une amie ici même.
Ce jour, voyant que mes parents ne répondent pas à ma 1ère lettre, j'ai décidé d'écrire à nouveau mais sans leur dire de ce qui m'est arrivé, ils ont assez de peine sans cela.
Les résultats de l'analyse de sang sont satisfaisants.
21/03/1939
Comme je le craignais, cette nuit, si j'avais dormi j'aurais perdu notre fils. Je me suis rendu compte que son pouls s'arrêtait souvent. J'ai appelé la soeur qui lui a fait une injection. Il était 2 heures du matin. Il était assez tranquille. vers 3 heures il a perdu connaissance et nous n'avions plus d'espoir de le sauver. On lui a fait deux piqûres de plus et 250 g de sérum, et au bout d'un moment il est revenu à lui. L'attente était insupportable et j'ai encore une grande angoisse parce que le médecin ne me donne pas d’espérance et je crains que cette nuit il arrive la même chose. On lui a fait une prise de sang au doigt. Il est dans un état d'anémie très prononcé. Trois médecins sont venus le voir.
22/03/1939
Cette nuit comme je le craignais, il s'est produit la même chose, mais un peu moins grave. Je suis lasse et désespérée de passer des nuits aussi tristes sur un lit d’hôpital, loin de la famille que j'aime tant et principalement de mon cher compagnon qui aime tant son fils. Quelle tristesse si je devais le perdre et devoir annoncer à son père une nouvelle aussi dramatique. Mais j'écris et je ne sais pas comment ni pourquoi. Est-ce que je pourrai un jour savoir où il est ? Est ce que j'aurai de ses nouvelles ? Est-il vivant ? Il se trouve ici ou il est prisonnier ? En pensant à tout ça, je voudrais m'endormir et ne plus me réveiller, et il faudrait en plus dire du bien des fascistes ? Qu'ils soient maudits pour l'éternité pour avoir causé tant de malheurs.
24/03/1939
Il semble que mon fils va mieux, mais j'ai eu tellement de déceptions que je ne crois plus à rien. On continu à le piquer beaucoup et grâce à ça il résiste car par voix buccale il ne prend rien. Quant à moi, je suis aussi malade mais je ne dis rien car je vois bien que c'est à cause de la fatigue et du manque de sommeil. Je passe les jours et les nuits à lui tenir le pouls, et quand il perd plusieurs pulsations à la suite, ils lui font des piqûres d'huile camphrée. Il a eu la visite de 2 médecins qui le trouvent un peu mieux.
26/03/1939
Mes pressentiments ne me trompent pas, car aujourd'hui il m'est arrivé ce que j'appréhendais depuis plusieurs jours, et qui devenait inévitable, avec les bonnes soeurs. Elles m'ont demandé si le petit était baptisé. Je n'ai pas voulu mentir et j'ai répondu "non" fraîchement.. L'interprète me dit qu'il pourrait être baptisé maintenant, en profitant du passage d'un curé qui vient pour un autre enfant. Alors je me lève, et je lui dit que tant mon époux que moi-même, voulons que notre fils soit libre de décider, et que ce que nous n'avons pas fait ensemble, avant, je ne le ferais pas seule. Suite à cela, je ne suis pas sûre qu'ils auront la même considération pour nous et si c'est le cas je prendrai d'autres déterminations. (en fait les médecins craignaient une issue fatale et en avaient averti le curé !)
28/03/1939
Aujourd'hui part pour Montpellier ma compagne Pilar Perez et son fils. Ca m'a fait de la peine car elle était de celles en qui j'avais confiance. Le petit va mieux et il a un peu plus d'appétit, mais il faut lui donner au compte goutte car il est très délicat et une indigestion pourrait lui faire beaucoup de mal.
1er avril 1939 ( c'est son 5ème anniversaire de mariage)
La maladie continue son cours, mois bien que les jours passés. Il a plus de fièvre et je suis désorientée. Je perds presque la patience. Le médecin voulait faire encore une prise de sang, mais finalement il attendra demain. Aujourd'hui j'ai répondu à Pilar et j'ai écrit au Centre des réfugiés à Paris pour avoir des nouvelles de mon mari, frères et beaux frères, ainsi que des 5 fils et la belle-mère de ma compagne Remei Moreno qui est avec moi à l’hôpital.
2/04/1939 (fin de la guerre d'Espagne)
Comme la fièvre est encore montée le médecin a décidé de faire une prise de sang.
6/04/1939
J'ai eu une très forte désillusion avec les résultats d'analyses. Il a le typhus., et comme c'est contagieux, il faudra que je choisisse entre la salle des infectieux ou bien dans un hôpital à 100 km d'ici, à Dôle. Après avoir beaucoup pleuré, j'ai demandé à rester ici, car le médecin connaît la nature du petit, et j'ai plus confiance en eux après 2 mois de séjour. Ils me disent qu'il est hors de danger mais que les microbes dureront encore 3 semaines de sorte que je vais dans la salle où il y a déjà les Alaris (mère et fille) qui on la même maladie ainsi que la Pepeta Sopès.
7/04/1939
On est bien dans cette salle qui ressemble à une chambre de maison particulière. Avec nous il y a aussi celle qui sert d'interprète et qui a soigné les Alaris qui étaient gravement malades. La fièvre a un peu baissé et le médecin lui a inspecté les oreilles car au réveil il en sortait beaucoup de pus . Il y avait un abcès , mais il ne se plaignait pas de la douleur. C'était probablement aussi la cause de la fièvre de ces derniers jours. Il a aussi une grosseur à la cuisse qui ne me plait pas du tout bien que l'on me dise que c'est peut-être dû au multiples piqûres faites à cet endroit.
Pour couronner la journée, on m'a présenté un curé qui parle espagnol, avec l'intention de vouloir me convaincre pour la proposition de l'autre jour.. Mais moi sereine, je lui répondu comme l'autre jour, devant la Supérieure et le curé du village. Mais le "capro" (cornard, enfoiré!), avait envie d'exiger et au bout d'un moment, il me dit " que si l'état de mon fils s'aggravait, j'aurais l'obligation de le faire comme une oeuvre de charité pour qu'il puisse aller au ciel" . Très en colère, je lui ai répondu qu'il était maître de ses affaires et moi de celles de mon fils et que tant que j'aurais la raison il se ferait selon mes voeux et non ceux des autres. La Violetta aussi lui a répondu violemment, qu'une personne bien élevée ne pouvait pas avoir l'insolence de dire à une mère que son fils va très mal alors que manifestement il va mieux. Toujours est-il que l'autre est parti très pressé sans même demander aux Alaris si ils voulaient se confesser, en disant qu'il était en retard et qu'il reviendrait un autre jour.
8/04/1939
Je craignais que ça ne continuerait pas mieux pour notre fils, il semble qu'il ait vocation à souffrir physiquement et moi moralement. Quand le médecin est venu, il a dû utiliser le bistouri pour ouvrir l'abcès à la cuisse en faisant sortir beaucoup de pus. Le petit semble plus tranquille et surtout il a très faim. Moi, j'ai une seconde crise de foie mais il semble que ce ne sera rien.
9/04/1939
Le "sympathique galant" est revenu, mais à moi il n'a eu le courage que de me dire "bonjour". Il était persuadé de confesser les Alaris, mais, celles-ci se sentant mieux elles l'ont refusé. Je suis contente, il n'a convaincu personne dans l’hôpital, parmi les espagnoles. Le petit va mieux.
10/04/1939
Le temps ne passe pas vite. J'ai toujours la préoccupation de n'avoir aucune nouvelle de la famille et d'être enfermée depuis si longtemps sans être touchée par le soleil ni prendre l'air. Il n'y a plus de neige. Il fait dehors un temps splendide. Pour passer le temps,on travaille avec Violetta pour les autres. Pour l'instant on a commencé 3 chemises, je les couds et elle les brode, et ensuite on partagera. Le petit est pareil, on a dû lui ouvrir encore l'abcès.
12/04/1939
Les Alaris ont reçu une lettre de leur fille qui est à Vilafranca. Ca me donne une mauvaise impression, je crois qu'ils sont obligés de dire ce qu'ils ne veulent pas. Elle fini par dire qu'il n'y a rien en ville et que si elles trouvent du travail ici il vaut mieux qu'elles y restent. Ca montre que là-bas, on n'attache pas les chiens avec des saucisses. J'ai maintenant l'espoir de recevoir des nouvelles moi aussi. Jordi va bien avec beaucoup d'appétit.
13/04/1939
J'ai eu une lettre de Pilar qui dit avoir écrit à plusieurs camps dont elle avait l'adresse, pour demander des nouvelles de mon mari. Tous lui répondent ne pas connaître ce nom, mais il ne faut pas désespérer parce qu'il peut être ailleurs, ils sont de nombreux milliers. Je crains qu'il ne soit resté en Espagne. Rien de neuf si ce n'est que je me fâche avec mon fils qui ne dit pas d'autre chose que" maman j'ai faim" et tout lui va bien. Il a mangé un peu de pain et un petit bout de viande qui l'a rendu très content.
14/04/1939
J'ai passé une journée très dure pour les nerfs, à cause du petit qui n'est content que lorsque il voit la "bouffe". Je crois qu'il souffre de son abcès et le pus coule de ses oreilles, et il doit être fatigué de rester couché. Le médecin n'est pas passé, et j'ai confiance qu'en venant demain il me donnera la permission de le lever un peu. Les soeurs ont donné une boite de biscuits au petit, ce qui montre qu'elles l'apprécient. La Maria "Ponis" a reçu une lettre de sa belle-soeur de Cases Roiges, disant qu'ils vont bien et qu'elle a des nouvelles de son mari, mais sans dire où il est, elle donne aussi la nouvelle du décès du bon camarade Eloi le 4 février et que la Pepeta vit avec ses parents. Cette lettre est écrite le 4 de ce mois et elle dit qu'elle a reçu la notre la veille, c'est à dire que la lettre a mis 2 mois. Ca me donne confiance de recevoir des nouvelles de ma famille et par eux, des nouvelles de mon mari.
15/04/1939 ( jour anniversaire de ses 26 ans)
Le petit semble être plus tranquille, le médecin ayant accepté que je le porte un peu sur mes genoux, ce qui lui a été très agréable, mais il a continué à pleurer de faim en permanence. Avant de souper il a vomi, ce qui montre que son estomac n'est pas redevenu normal, mais pour le moment son souper a l'air de passer. D'après une lettre qu'ont reçues mes camarades, Vicens Jaulin et autres se trouvent en Espagne et je crois que ce n'est pas volontairement, cela m'angoisse pour les miens.
16/04/1939
Je suis contente d'avoir pu habiller mon fils. Il a essayé de marcher un peu, mais en tout il n'a pas fait plus de 10 pas, et encore comme il a dit lui-même "je crois que je suis saoul" (en catalan) . J'ai pleuré de joie en pensant qu'il y a peu j'avais perdu l'espoir de le revoir ainsi. Tous les visiteurs qui sont passés ont été heureux de voir le changement en peu de jours. Dès qu'il a fini de manger, il voudrait recommencer, en fait je dois toujours avoir quelque chose à lui donner ne je ne veux pas l'entendre pleurer
17/04/1939
Comme hier, le petit s'est levé avec de l'appétit et il a envie de jouer. Il va donc mieux. La Lliberata a reçu une lettre de ses parents de S.Quine, elle dit qu'ils vont bien. Bastardas en a reçu aussi de sa mère disant pareil. J'espère en recevoir bientôt aussi. J'ai écrit à Pilar.
18/04/1939
La lettre tant espérée est enfin arrivée mais elle ne m'a pas donné les bonnes nouvelles que j’espérais. Mon mari est blessé à Barcelone et cela m'a causé une grande crainte car je suppose que c'est plus grave que ce qui est dit. J'ai répondu en demandant qu'on me dise la vérité même si elle est cruelle. Ma soeur m'annonce aussi la mort de Miquelin Mercader et de Manelli Fabre, ces morts m'affectent beaucoup. Le petit continue bien. J'écris à mes parents.
20/04/1939
J'ai reçu une lettre de ma soeur. Elle est à Barcelone pour voir mon mari mais elle ne donne pas de détails. D'après ce qu'elle dit, je déduis qu'il m'a écrit et que je n'ai rien reçu à cause du courrier. Cette lettre est datée du 16 et elle évoque une autre lettre de mon frère que je n'ai pas reçue non plus. Le petit va bien.
23/041939
La lettre de Manel est enfin arrivée mais lui non plus ne dit rien sur mon mari, je voudrais répondre mais j'attendrai une paire de jours pour voir si je reçois d'autres nouvelles
25/04/1939
Reçu lettre de Pilar, la pauvre sait que son mari est en prison, elle doit se faire du souci. J'ai écrit à mes parents, à Ramon Bossa et dans cette lettre quelques mots pour mon mari. On me dit que mon fils va bien et que je pourrai sortir de l’hôpital. Je le ferai demain si il fait beau.
26/04/1939
Contrairement à ce qui m'a été dit hier, je ne sors pas de l’hôpital. Le médecin dit que mon fils a quelque chose comme une "entérite", il n'est donc pas encore guéri.
27/04/1939
J'ai été heureuse pour ma camarade Remei Moreno qui ne savait rien de ses 5 fils et de sa belle-mère. Son mari lui a écrit de Madrid et dit qu'ils sont tous à Marseille chez une nièce Le petit continue pareil.
28/04/1939
Rien de particulier, j'ai encore eu le déception chaque jour plus forte de ne rien recevoir de mon mari. On verra demain si j'ai plus de chance. Après quelques jours de beau temps, il a neigé, ce qui normal dans cette région.
31/04/1939
Les jours 29 et 30 n'ont rien apporté de neuf, il ne fait pas beau juste quand mon fils pourrait sortir un moment au soleil, il pleut tous les jours. Ma camarade Paquita a apporté un paquet de biscuits et une banane à Jordi, Violeta lui en a apporté 2 et quelques douceurs, qu'il distribue gentiment à tous ceux qui sont dans la salle, gagnant ainsi l'estime de nos voisins!
01/05/39
C'est jour de foire dans ce village, c'est assez beau, et le soleil est de la fête, on en a profité pour faire la première sortie de Jordi, et en même temps on a pu connaître un peu la ville. Je peux dire que chaque jour, ce pays me plait davantage. Il est très étroit et très long avec une seule grande rue, et à coté la rivière. C'est le long de cette rue que l'on installe les étalages de toutes sortes : alimentation, habits, sacs, vaisselle, ustensiles de cuisine. Il ne me manquait que les francs pour avoir le plaisir d'acheter quelque chose. Et encore merci à un confiseur, qui voyant que nous sommes espagnols a donné au petit des bonbons et des biscuits. En résumé on a passé une bonne journée.
02/05/39
Il fait encore beau, on a pu sortir puis il s'est remis à pleuvoir. L'Angeles a offert une pièce de 5 francs à Jordi.
03/05/39
Il a plu toute la journée, on n'a pas pu sortir, aussi entre le temps et le fait de ne rien recevoir de mon compagnon, je suis très nerveuse mais j'espère que ce ne sera rien. La Supérieure, qui, comme les autres soeurs a beaucoup de sympathie pour mon fils, lui a offert une petite écharpe et un gâteau, ce dont nous lui sommes très reconnaissants;
04/05/39
En me réveillant, j'ai eu une surprise, mon fils m'a dit qu'il avait rêvé que Madame Simone Gossé était morte, je n'y ai pas attaché d'importance, mais en sortant de la chambre, j'ai su que c'était vrai! Ca nous a beaucoup touché car cette dame se faisait très agréable pour tous ceux qui la connaissaient. Il pleut. La Supérieure a offert des bonbons à Jordi.
05/05/39
Il semble que les soeurs nous aiment bien, la Supérieure est venue pour me donner 15 francs pour faire nettoyer le manteau du petit, inutile de dire à quel point je lui suis reconnaissante. Avec la Remedios, on est descendu à la morgue pour tenir compagnie à la défunte que l'on enterre demain.
06/05/39
On peut dire que l'on m'annonce des choses pendant mon sommeil : il y a 4 jours une voix me disait "rappelle-toi du n° 39", je n'y ai pas fait attention et aujourd'hui j'ai appris que ce numéro avait gagné 1 million de francs. Je ne suis pas destinée à m'enrichir. On a enterré Madame Simone, il y a eu une grande manifestation de deuil du fait des sympathies que tous témoignaient à cette dame. Il y avait son mari, sa mère et sa belle-mère, très éprouvés. Jordi est sorti un peu au jardin, le soir il a plu.
07/05/39
ce dimanche s'est déroulé normalement, on est sorti au jardin mais il a plu plusieurs fois, le temps est souvent mauvais ici. Le curé du village est venu et a donné 1 franc à Jordi. La Lliberata lui a aussi donné un gâteau.
08/05/39
On est sorti avec Jordi et Remedios, cela m'a calmé un peu. On a rencontré le mari de Madame Simone Gossé, qui a donné 10 francs à Jordi. Il a plu toute la journée.
10/05/39
Malgré la pluie je suis sortie avec ma bonne compagne Remedios, Jordi et la Violetta pour me faire tirer les cartes par une dame de Morez. Celle-ci m'a dit " je recevrai du courrier avec des sous et une surprise ; mon mari est fidèle ; une famille m'aidera ; j'apprendrai de nombreux décès ; j'ai besoin de beaucoup de force de volonté pour résister à tous les maux qui se présenteront ; il faudra mesurer mes paroles parce qu'il y a des envieux qui me veulent du mal ; je dois garder ce que j'obtiendrai dans cette ville car un jour j'en aurai besoin ; santé pour moi et mon fils ; voyage plus tard et déception à ce moment-là ; je deviendrai plus importante ; mon mari a été prisonnier et il est avec ma famille qui m'aiment tous ; on reconnaît mes mérites ; j'ai des amis qui sont des ennemis ; héritage prévu mais problèmes et procès qui s'arrangeront finalement .
11/05/39
On est retourné à la même maison où la dame nous a offert le thé avec biscuits et m'a donné des choses à coudre, façon de payer pour m'avoir tiré les cartes.Le petit a été content car ils ont une bicyclette et il peut jouer. Il pleut, ça ne pouvait pas manquer.
12/05/39
J'ai profité de la pluie qui nous a empêchée de sortir, pour coudre 5 chemises commencées il y a quelques jours. On ne prend plus la fièvre du petit, ça montre qu'il va mieux.
15/05/1939
J'ai enfin reçu une lettre de mon compagnon avec une lettre de ma soeur. Je suis contente car après le malheur, au moins il va mieux. J'ai écris à mes parents à Barcelone en joignant une lettre pour mon compagnon.
14/05/1939
Malgré que ce soit dimanche, j'ai passé un jour ennuyeux, il pleut toujours et de plus j'ai pu voir l'hypocrisie de certains qui se disent des amis, et qui sont ceux qui ont eu le plus besoin de moi, ils sont allés voir le Maire pour lui dire que le petit allait bien et qu'il n'avait pas besoin de rester à l’hôpital. Le Maire s'est renseigné et le médecin lui a dit qu'il y en avait encore pour quelques jours avant de sortir. A part ça j'ai été déçue de lire dans une lettre de Jaume Llucia, qui dit avoir parlé avec Sadurni Fabregat en partance pour l'Espagne et l'avoir informé de la maladie du petit. Il aura donc sûrement l'occasion de parler avec mon mari, je vais être obligée de lui envoyer une photo pour qu'il n'imagine pas pire.
15/05/39
Tous les jours il faut commencer par la même chose, il a encore plu toute la journée. Je l'ai passé à coudre, et le petit à me mettre en colère.
16/05/39
Le médecin m'annonce que l'on pourra bientôt sortir.
18/05/39
Reçu une lettre de Pilar qui donne des nouvelles d'Espagne. J'ai tout de suite répondu comme aux cousins Mercader et à Maria Raventos. Comme tous les jours, il pleut.
19/05/39
Rien de changé le temps est triste et ma situation l'est aussi, malgré que je sois contente de sortir bientôt, preuve que le petit va bien, mais j'aimerais trouver du travail pour avoir une occupation.
21/05/39
Un dimanche triste. Si il n'y a rien de neuf, on sortira mardi. Les soeurs m'ont offert des vêtements pour mon fils, preuve qu'elles nous apprécient et je leur en suis très reconnaissante.
22/05/39
Le jour s'approche de partir à la montagne et pour ça j'ai été préparer la "chambre". Au retour j'ai eu une déception car on m'a dit que l'on obligerait celles qui ont un compagnon en Espagne à y retourner, et si l'on refuse, on y enverra les enfants, chose que je crois impossible
23/05/39
Après 3 mois et demi d’hôpital on est enfin sortis, et en bonne forme. Les Soeurs ne savaient plus que faire pour nous faire plaisir, elles ont fini par nous offrir un petit lit pour qu'il puisse dormir mieux. Elles pensent que je trouverai vite du travail, c'est ce que je souhaite.
24/05/39
Aujourd'hui comme la nuit passée nous sommes à la montagne, mais moins bien qu'à l’hôpital pour la nourriture, mais je ne peux pas en dire du mal, ils me donnent un bol de lait pour le petit tous les jours. Il a fait beau.
26/05/39
j'étais en train de laver quand une dame est venue me demander si je voulais aller coudre chez elle. J'ai dit oui tout de suite, et on viendra me chercher demain même.Cet après midi j'ai été voir les soeurs qui ont donné une plaque de chocolat au petit, ce qui lui a fait très plaisir. Les jours sont meilleurs mais on ne peut pas sortir sans manteau.
27/05/39
Comme prévu on est venu me chercher à 2 h., j'ai laissé le petit qui dormait, car je ne sais pas si je serai bien, j'ai cousu jusqu'à 71/2 h. et on m'a donné 5 francs, et on me demande de revenir mardi prochain après midi. On m'a aussi donné une veste noire pour moi que je pourrai difficilement mettre et une chemisette pour le petit. Le petit n'a pas beaucoup d'appétit mais il joue beaucoup, il passe son temps dans la montagne.
28/05/39
Ce dimanche a été très tranquille, on est sorti en ville avec Remedios. Cette ville me plait chaque jour davantage.
29/05/39
J'ai écris à mon compagnon chez Ramon Bossa. C'est lundi de Paques, il y a fête ici, on a fait une promenade.
30/05/39
Aujourd'hui mardi je suis retournée coudre, on m'a donné 5 francs, le caractère de ces personnes ne me plait pas beaucoup, mais je ferai le possible pour y rester. J'ai laissé le petit à l’hôpital.
31/05/39
J'essaie d'avoir le papier pour envoyer le petit à l'école, je crois que ce sera possible et il a très envie d'y aller. je l'ai laissé avec les copines au refuge.
01/06/39
J'ai le papier pour l'école mais comme c'est jeudi, il faudra attendre demain. Chaque fois je suis moins contente de cette maison, au point que demain je vais je vais aller demander les conditions à une autre maison qui me demande. J'ai eu une surprise. On me dit de Paris que mon frère est à St Etienne (Loire). Ca m'étonne beaucoup car d'Espagne on me dit qu'il est avec mes parents. Pour avoir la certitude j'ai écris à l'adresse donnée en mettant une enveloppe et un timbre.
02/06/39
J'ai travaillé jusqu'à midi et avant d'y aller je suis passée chez Mme Moro (Moureaux) pour avoir ses conditions pour travailler et coudre, et je crois que ça me plaira davantage. Comme chaque fois j'ai été travailler à 8 h et après le repas, en prétextant un problème de santé du petit, je suis partie et je ne suis rentrée qu'à 7 h du soir, pour leur dire que je ne pourrais pas revenir. Elle m'a alors dit de ne revenir que lundi, mais j'ai bien l'intention d'aller chez les autres personnes. On verra.
03/06/39
Je n'ai pas été travailler, j'ai lavé et cousu et nettoyé l'intérieur de "notre" maison. Je n'ai encore rien dit à Mme Colen, je ne sais pas comment faire mais je n'ai pas l'intention d'y retourner. Ils ne m'ont rien fait de mal, mais je préfère aider des gens travailleurs que servir des bourgeois, c'est le véritable motif. Remedios m'a tiré les cartes et me fait espérer que mon compagnon va arriver ici sans me prévenir, cela me donne une joie que personne d'autre ne peut ressentir. Pour me donner davantage d'espoir, la Paca a reçu une lettre de son mari qui lui cite beaucoup de connaissances qui ont réussi à passer ces jours derniers, pour cela je pense que ça peut m'arriver. Pourvu que cela soit.
04/06/39
Promenade du dimanche avec mon fils ,Remedios et Violetta. on a trouvé Mme Joshé et je lui ai donné 5 francs. Enfin, j'ai donné mon congé à Mme Colen, sous prétexte que mon fils est trop faible pour rester à l'intérieur toute la journée.
05/06/39
J'ai commencé la semaine chez mes nouveaux employeurs, ceux-ci me sont beaucoup plus agréables que les précédents, ce sont des travailleurs et tant envers moi comme envers mon fils ils se conduisent très correctement. Le matin je couds et l'après-midi je repasse. Reçu une lettre de mes frères Enriqueta et Manel, qui s'étonnent que Joseph ne m'écrive pas,ils disent que mon compagnon va mieux et qu'il sortira bientôt de l'hopital. Ils m'envoient l'adresse de la cousine Mlle Georgette Soriol, 7 rue de l'Ange - Perpignan Pyr. Or. . Reçu aussi lettre de Pilar Perez sans rien de particulier; je réponds à toute la famille, adressée à Carrer Carretas (chez Bossa) avec des vues de la ville. Jordi commence à l'école.
06/06/39
Je suis toujours aussi contente de mon travail. J'ai été manger à la "montagne" comme hier, Mme Colen est venue, et pour 2 jours m'a donné 15 francs, ce n'est pas mal. Jordi est à l'école, et j'écris à la cousine de Perpignan.
07/06/39
Je suis restée manger chez mes employeurs, et ça m'a beaucoup plu. Ils m'ont préparé un logement avec 2 lits, buffet, table, 8 chaises un fauteuil,2 armoires, une table de nuit, 2 horloges. Ce soir je n'y suis pas restée, mais je pense y rester demain, c'est quand même mieux qu'à la montagne. Reçu lettre de Jaume Llucia.
08/06/39
Comme je le disais hier j'ai décidé de passer la nuit dans ma nouvelle chambre pour me rendre compte. Mon travail consiste à accompagner les petits, une fillette de 4 ans qui ne marche pas, elle souffre du coeur, et un garçonnet de 2 ans (Jeannot Moureaux), et mon Jordi qui est entre les deux, à eux trois ils me rendent "lirona"(font tourner en bourrique) mais, patience, il y a bien pire.
09/06/39
J'ai très bien dormi avec le petit. Seulement j'ai une douleur rhumatismale, mais pour l'instant je ne tiens pas à voir le médecin. Le petit Jano et Jordi sont à l'école le matin, et l'après midi on se promène les 3. Jordi est enchanté de la vie, il se gave de bananes, d'oranges cerises fraises abricots pommes amandes noisettes et gâteaux le rendent heureux.
10/06/39
Je continue pareil au travail mais je me trouve vraiment très mal avec ces douleurs, des bleus apparaissent comme si le sang circulait mal. Si ça continue je devrai consulter le docteur. Mme Moro m'a donné un liquide pour frotter sur les parties douloureuses. On verra si ça s'améliore.
11/06/39
Je vais toujours aussi mal. Ce matin on est allé avec mon fils prendre un bain qui m'a coûté 5 francs. Ca nous a fait du bien et Jordi était très content. . Ensuite il a plu et on n'est pas sortis malgré que j'aie souhaité aller à la montagne chercher du linge. Mais je n'y serais peut-être pas arrivée tellement je me sens mal.. J'ai eu la visite de Remedios et de la camarade Ventura, de Tarrasa. L'après midi s'est passée à tirer les cartes et à discuter.
12/06/39
Il pleut et il fait froid comme un hiver dans mon pays. Je me sens un peu mieux. Jordi est de plus en plus content d'aller à l'école.
13/06/39
Reçu lettre de Maria Raventos qui annonce la mort de son mari. L'état de mes jambes empire, aussi je suis décidée à aller voir le docteur. Jordi est resté à l'école toute la journée et il est très content.. J'ai été à la montagne en me promenant avec la petite Janine. Mes camarades ont aussi reçu des lettres d'Espagne.
14/06/39
Le docteur ne m'a pas dit ce que j'ai, je dois prendre ma température et faire une analyse d'urine. J'ai un médicament pour 4 jours et je retournerai le voir. Il m'a trouvée très anémiée ce qui n'est pas surprenant. Jordi a eu son premier bon point, ce qui le rempli de joie quand il me dit qu'avec plusieurs bons points il aura droit à un jouet.
15/06/39
Ce matin, j’ai porté des urines pour analyse, à la pharmacie, et le résultat est négatif. Il s’agit peut-être d’un rhumatisme. J’ai de la fièvre: 38.2 malgré que je me sente mieux. J’ai passé la journée au lit, à coudre,. J’ai les pieds enflés.
16/06/39
C’est ce que je craignais, j’ai 37.7 et le docteur dit que les douleurs dans les articulations necessitent du repos et il est nécessaire que j’entre à l’hopîtal dès demain. Ce qui m’inquiète c’est que je devrai laisser le petit, on verra. Je reçois une lettre de mes parents et de Manel et Enriqueta. Ce qui m’étonne, c’est qu’il n’y a rien de Josep. Ils disent qu’ils nous réclameront lorsque le petit ira mieux, et que son père va bien. Mais je ne reçois rien de lui, aussi, entre une chose et l’autre, je ne sais plus que penser.
17/06/39
Je suis contente car j’ai reçu une lettre de mon cher compagnon. Il est à Zarragoza et il va bien. Il travaille comme volontaire avec une indemnité journalière de 1,5 peseta ce qui est peu, mais il en a assez pour ses rares dépenses. Cet aprè-midi, je suis rentrée à l’hopital; j’ai 38.6°. Jordi a eu un autre bon point. Je l’ai fait porter à la “montagne”, ainsi je serai plus tranquille.
18/06/39
Ce dimanche le petit est venu avec mes copines, un moment trop court. Le petit n’a pas pleuré en partant ce qui me rassure.. Je vais mieux.
19/06/39
Presque plus de fièvre, ça va mieux.
20/06/39
Je me suis levée un moment. Jordi est venu me voir à la sortie de l’école.
21/06/39
Jai un peu de fièvre. Jordi n’est pas venu, ça me chagrine.
22/06/39
Ce jeudi est jour de visites. Célestina est venue ce matin avec Jordi. Il est revenu avec des copines qui s’occupent de lui. Je leur en suis très reconnaissante.
23/06/39
Jordi est venu avant d’aller à l’école. Madame Mogo(Moureaux) m’envoie 4 superbes oranges, Je lui suis reconnaissante pour cette attention.
24/06/39
C’est la St Jean, mais ici ça ne se fête pas. Jordi est venu. Je crains de devoir rester ici encore plusieurs jours.
25/06/39
Jour triste. C’est le 4ème anniversaire de mon cher fils. Les autres anniversaires étaient déja tristes parce qu’il manquait la présence chaleureuse de son père. Mais cette année c’est encore pire, je suis à l’hopital, mon mari est dans un autre, et mon fils est dans un refuge.
26/06/39
Reçu lettre deu cousin Farrerons.Heureuse d’être en contact ici avec un membre de ma famille(en France). Ce qui me désole c’est ce qu’il me dit sur mon beau-frère et d’autres de la famille.
27/06/39
Encore à l’hopital, je ne sais pas pour combien de temps.
Jordi vient me voir avant l’école. c’est ma seule distraction
28/06/39
Je m’ennuie malgré que je travaille : couture, tricot (un pull pour M.Moureaux).
29/06/39
Reçu une lettre de mon mari. pas de mauvaises nouvelles mais pas de bonnes comme je le souhaiterais. Reçu de Mme Moureaux 6 oranges et de la laine, Jordi a passé l’aprè-midi avec moi.
30/06/39
Le medecin me dit que je pourrai peut-être sortir lundi. Reçu lettre de Joaquina Balios qui me raconte les exécutions qui ont lieu au village. Jordi n’est pas venu, je ne sais pas pourquoi.
02/07/39
Jordi est resté avec moi toute l’après-midi.
03/07/39
Je suis sortie de l’hopital. La famille Moureaux m’a très bien reçue. Envoyé un mandat de 25 F à Farrerons.
04/07/39
reçu lettre de ma soeur avec 3 photos de mes frères et soeur. Dommage qu’il n’y ai pas mes parents. Jordi a goutté à l’école : confiture, banane, abricots, gateaux,et sirop.
05/07/39
Reçu lettre de mon mari.
06/07/39
Reçu autre lettre de mes parents, ils sont déçus de ne pas recevoir mes courriers. On me dit que la Mairie pourrait me verser une aide. Les Moureaux ont payé à Jordi de belles chaussures (39 F)
10/07/39
La Mairie me verse 84 F
12/07/39
Reçu lettre des cousins Bossa avec 24 jours de retard.
13/07/39
Je reçois une lettre de mon compagnon, il me demande d’envoyer les prochaines lettres à Barcelona car il pense que l’hopital sera évacué dans quelques jours.
A la suite : il semble que Remei perçoive 84 f. de la Mairie par semaine. Jordi est en vacances depuis le 15/07 . Il assiste à un festival de gymnastique.
...21/07/39
Reçu une lettre de Jaume avec une photo.
...24/07/39
Ma soeur m’écrit : La Guardia Civil nous cherche.(mon mari et moi).
...04/08/39
Jaume m’envoie son adresse : Campo de Concentracion San Juan de Mazarrafat , sala 4, Zaragoza.
...14/08/39
On me tire les cartes : je serai encore longtemps en France, je verrez enfin mon compagnon mais pas mon beau frère.
....09/12/39
Je suis très contente, une lettre de mon compagnon me dit qu’il est en France, à Bayonne.
.......Pendant un mois et demi, Remei et Jaume s’écrivent chaque jour. Remei lui envoie plusieurs colis et mandats.
...25/01/40
Jaume lui dit qu’il change d’endroit
....08/02/40
La Mairie m’annonce qu’elle me retire mon allocation, je n’aurai que 28 f. pour mon fils.
09/02/40
mort de la petite Jeannine Moureaux (soeur de Jeannot, elle était malade depuis sa naissance).Son père arrive en permission le 12/02.
...23/02/40
La Mairie demande des renseigbements sur notre situation.
...26/02/40
Jaume m’annonce qu’il est à Sathonay
...01/03/40
Je reçois une lettre de Jaume qui me déçoit beaucoup, il part de Sathonay pour Marseille d’où il embarquera pour le Maroc.
...13/03/40
fin de la guerre entre Russie et ......(?)
....16/03/40
On reçoit la nouvelle que les femmes dont les maris sont en Espagne doivent partir, les autres peuvent rester pour l’instant. 27 de mes compagnes doivent repartir. entre autres : Lliberata i Bastardes. Mon cousin Mercader et la Maria de Cal Jepiç sont morts le 12. Je suis très attristée.
...En avril, j’ai deux offres de travail : Henry Barbier puis Marcel Vuillemenot à Grange Boisson , par Poligny.
...16/04/40 (Remei a eu 27 ans le 15)
Madame Moureaux me donne 1000 f. La famille Matabosh part vers l’Espagne rejoindre le mari. Je reçois un ceryificat de mon compagnon pour demander une allocation.
...10/05/40
La Belgique, la Hollande et le Luxembourg sont occupés par les allemands.
...21/05/400
Le Président du Conseil déclare que la situation est grave. Depuis le front, Monsieur Moureaux envoie une carte postale à Jordi.
...24/05/40
On me demande à la Mairie si je veux un contrat de travail chez le même patron que Colet. J’hésite. Les Colet, dont Célestina (ou Céline) sont à Lieusaint dans la région parisienne.
25/05/40
Première alerte aérienne de 18 h à 19 h.
...28/05/400
Le Roi de Belgique se rend aux allemands
01/06/40
Alerte toute l’après-midi. on a vu les avions.
idem le 02/06, et le 3 on annonce que Paris a été bombardé et qu’il y a de nombreuses victimes. L6, commence une attaque en direction de Paris.
Le 10, l’Italie déclare la guerre à la France et à l’Angleterre.
...12/06/40
Monsieur Moureaux me donne 150 f. Pour la première fois,Genève est bombardée. Les forces ennemis avancent.
......04/11/40
Je reçois l’allocation militaire de 1943,5 f. Ma soeur m’annonce qu’elle a été operée de l’appendicite.
....16/12/40
Je perçois 700 f. et Madame Paget me donne 600 f.
...04/01/41
Mme Moureaux me donne 500 f., et Mme Paget 100 f.
...03/02/41
Je perçois une allocation de 713 f.
....06/02/41
Jaume m’écrit qu’il est possible qu’il soit démobilisé
...03/03/41
Allocation : 322 f.
...06/03/41
Il y a des représailles à Morez suite à la découverte de fils télégraphiques coupés. Les occupants demandent 20000 f. d’indemnisation et le couvre-feu est fixé à 20 h. 200 hommes patrouillent toute la nuit. Il y a de nombreuses arrestations et il est interdit de passer d’une zone à l’autre. Comme mes lettres passaient par la Suisse, je crains d’avoir du mal à communiquer avec les miens.
...10/03/41
Jordi est au lit, il a , je crois, les oreillons.
...16/03/41
Les sanctions sont levées,on peut recirculer dans la rue jusqu’à 22 h. Mme Pget me donne 300 f.
17/03841
Mon frère m’annonce la mort de mon grand-père le 26 février.
...06/04/41
Je reçois l’allocation de 356 f.
....14/04/41
Fabien Barbero (il s’agit sans doute du beau-frère de Faust Campama, sergent de la Légion, qui était au Maroc à cette époque) m’écrit pour me dire qu’il est chez lui et bien, et que mon compagnon ne tardera sans doute pas à arriver
...19/05/41
Reçu photos de toute la famille. Jordi les reconnait tous. Reçu de Mme Paget 300 f. et 354,5 f. d’allocations. Gagné 22 f. à la loterie !
...22/06/41
L’Allemagne déclare la guerre à la Russie.
..08/06/41
Allocation 345 f., loterie 11 f !
...19/08/41
La Préfecture me répond que les autorités françaises acceptent ma demande mais il faut l’autorisation du Gouvernement Général du Maroc. Jaume doit faire la même chose de son coté. (Il s’agit de la demande de regroupement familial soit au Maroc soit en France).
...28/08/41
Gagné 22 f. à la loterie !
...08/09/41
Jaume dit qu’on lui refuse le séjour au Maroc. je suis très déçue.
...17/09/41
Le Consulat d’Espagne m’envoie un questionnaire. Reçu de Mme Paget 900 f.
...03/10/41
Jordi entre en 6 ème, il est très content.
... 23/10/41
Reçu réponse de Mlle Lamy
..;13/01/42
Démobilisation de Belart(ami de Jaume), ils passent 8 jours à Camp Monod chez Ardebol.
...06/02/42
Le train circule à nouveau (neige), 8 jous sans nouvelles.
...20/02/42
Maria Espasa me demande des renseignements pour le contrat de Jaume.
...27/02/42
Reçu 300 f de mon compagnon (jusqu’à cette époque c’est Remei qui envoyait des mandats à Jaume, à partir de 1942, c’est le contraire).
...03/03/42
L’aviation anglaise bombarde Paris, occasionnant 500 morts.
...05/04/42
Avec Jordi nous allons à Champagnole, nous partons à midi avec une occasion (pour travailler chez M et Mme Ardiet et quelques jours de congé)
...09/04/42
Nous revenons de Champagnole, la ville me plait beaucoup.
...23/05/42
Andrée Paget m’annonce la mort de notre cousin, Robert Bossa (Andrée était en Suisse, où elle recevait mon courier)
...09/06/42
J’écris au Consulat d’Espagne pour demander des renseignements afin de faire un voyage dans notre pays.
...25/06/42
Reçu cinq feuilles de formulaire du Consulat.
...22/07/42
Jordi a beaucoup de fièvre : rougeole.
Les Paget me font un contray de travail de 1 an.
...13/08/42
Je fais une nouvelle demande de carte d’identité.
...22/08/42
Le service départemental m’indique d’autres formalités pour obtenir la carte. Le 24, je paie 25,6 f à la perception, j’ai le numéro 35-27
...31/08/42
Je reçois l’allocation de 4187 f (allocation militaire demandée le 30 avril)
...11/09/42
Reçu un colis de 3 kg de tomates des Colet (parents de Céline, à Lieusaint)
...13/09/42
journée au lac des Rousses. La pluie nous fait courir.
...15/09/42
Reçu un colis de Jaume (déja reçu un le 02/09)
...30/10/42
Reçu un colis de tomates des Colet.
...06/10/42
Jaume m’annonce qu’il est détaché à Rabat.
...07/10/42
J’obtiens un certificat de travail pour Jaume par M.Gauthier.
08/10/42
Je reçois la visite de Mlle Lamy qui me promet de tout faire pour nous permettre de nous retrouver avec mon compagnon. (elle travaillait à la Préfecture, je crois)
...12/10/42
Jordi est vacciné pour la première fois contre la diphtérie et le tétanos.
Je reçois quelques objets que mon époux envoie à Prémanon (ce village est en zone libre)
...30/12/42
Reçu ma carte d’identité.
...08/11/42
Les troupes anglo-américaines débarquent en Afrique du Nord, je crains de ne pas avoir de nouvelles de Jaume pendant quelque temps.
09/11/42
La situation est confuse, mais il semble que les Alliés prennent pied.
Le 10 : le problème est presque résolu en Algérie, mais le Maroc semble résister.
Le 11 : ordre est donné de ne pas ouvrir le feu. L’armistice est un fait pour toute l’Afrique. Les troupes de l’Axe sont en débandade. En Egypte, on parle de 40000 prisonniers.
...22/11/42
Darlan, Giraud, Noguès et d’autres se.................( joignent ?) aux forces anglo-américaines.
...27/11/42
La flotte française se saborde à Toulon, avant de tomber entre les mains des troupes allemandes, on pense que 60 unités sont détruites.
...13/12/42
Sans nouvelles depuis plus d’un mois, j’écris à l’Office Marocain, Hotel Carlton à Vichy pour obtenir des nouvelles de mon compagnon.
...25/12/42
L’Amiral Darlan est assassiné à Alger.
...07/01/43
Nous allons à Champagnole pour acheter un costume à Jordi, payé par les Paget. : 630 f.
...28/01/43
Depuis Prémanon, Mme Moureaux écrit à la Croix Rouge Suisse pour avoir des nouvelles de Jaume.
31/01/43
8 jours de grippe pour Jordi
...22/02/43
Il se dit que la ligne de démarcation sera levée et que l’on pourra écrire librement dans toute la France. Le 23, j’écris à la Croix Rouge pour avoir des nouvelles.
...23/03/43
J’ai la surprise de recevoir une lettre de mon frère avec des nouvelles de mon compagnon.
...29/03/43
Je reçois mes lettres et je réponds par l’intermédiaire de Andrée Paget (qui est en Suisse).
...11/04/43
Ma soeur me demande d’aller en Espagne. Je suis très indécise
...23/04/43
Je reçois une lettre de Jaume par la Croix Rouge. (c’est la 1 ère depuis 5 mois)
...06/05/43
Terrible incendie dans le voisinage. 2 enfants Colen (cousins) sont gravement brulés. Bernard décède l’après midi, et la petite à 21 h.
08/05/43
Enterrement des 2 enfants . Jordi y assiste avec les enfants de l’école.
Tunis et Bizerte sont prises par les forces anglo-franco-américaines.
...19/06/43
Les lettres de mon mari arrivent par la Croix Rouge. La dernière est datée du 1 mai.
...11/07/43
Les troupes anglo-américaines débarquent en Sicile.
...16/08/43
Jordi part en Colonie de Vacances pour 1 mois.
Du 17 au 20, je suis couchée, j’ai mal à la gorge (angine)
...23/08/43
Je suis à Champagnole pour huit jours : couture et divers chez les Ardiet.
...26/08/43
Jour très triste, ma soeur se marie et je ne peux pas être avec elle.
...02/09/43
Je vais voir Jordi à Champsigna, il va bien mais il a mal au doigt.

1-1 Jaume 1937-1941

(Dès le début de la guerre civile, Sarragosse fut occupée par Franco. L’Aragon fut un important front de combats jusqu’à ce que les républicains se replient. Mon père, engagé volontaire y est envoyé dans le cadre de l’assistance des coopératives. C’est une armée non structurée. Il part pour Barbastro, au pied des Pyrénées, province de Huesca, à 150 km au N.O. de Vilafranca).
On part de Ferran (Sant Pere Molanta) à 17 h45 vers Barcelone en car puis par le train du Nord nous passons Montcada,Sabadell,Olesa, Manresa, Calaf,Cervera,Lleida,Almacelles, Selgua (changé de train) puis Barbastro à 19h30. On mange à la cantine populaire et on va dormir chez l’habitant. Il y a une alerte aérienne, mais rien ne se passe.
26/3 départ en camions vers Siétamo, 35 km, et on s’organise en bataillon de sapeurs du génie, Les Taupes,Centurie de Vilafranca, 5ème groupe.
27/3 On nous donne une veste matelassée.On est allé jusqu’à Torregon de Armonia.
28/3 il pleut, on ne bouge pas. Comme il n’y a pas de provisions, il est décidé d’envoyer une commission à Vilafranca pour faire le nécessaire.
29/3 On travaille dans des tranchées près de Osca ( Huesca). La montagne est dure, bonne entrée en matière pour moi qui n’ai jamais utilisé un pic. On a eu du vin aujourd’hui.
30/3 On fait les allers-retours en camion, on mange dans la montagne.
31/3 Je reste de garde à la “pallisa”(campement?), je suis un peu enrhumé.
1/4/37 On est allé aux tranchées . Ca fait 3 ans que l’on est marié.
2/4 Un camion est arrivé de Vilafranca avec des paquets.Chacun a eu ce qu’il avait demandé chez lui. Ils ont aussi apporté du vin, des liqueurs, des oranges et du chocolat que l’on s’est partagé. Depuis les tranchées on a pu apprécier de près l’effet d’une canonnade très proche.
3/4 L’artillerie et l’aviation ennemie nous arrose de bon coeur.
4/4 On a travaillé toute la journée, et contrairement à hier, on a apprécié le silence à Osca, malgré l’apparition de 2 avions amis qui ont bombardé une poudrière à en juger par la fumée noire.
5/4 On travaille, le bruit est plus intense qu’hier.
6/4 idem. les artilleries amie et ennemie se font entendre. Rien que sur la route de Monte...... ils ont tiré 30 coups de 150 m/m.
7/4 De bon matin, on a vu arriver une colonne de choc qui attend les ordres. 13 avions amis ont bombardé les positions ennemis. Puis il y a eu l’aviation ennemie et un fort duel d’artillerie. on s’attend à des combats. On travaille toujours dans les tranchées.
8/4 RAS pendant qu’on travaille les fascistes continuent à bombarder.
9/4 RAS . Travail. C’est assez silencieux.
10/4 La dernière nuit a été assez mouvementée : artillerie et aviation. On a vu de avions dans la journée. Travail aux tranchées.
11/4 On commence, nous les menuisiers avec des maçons et manoeuvres, à monter des barraques. Elles sont situées dans un lieu qui risque d’attirer l’eau de la rivière !...
12/4 Pluie. on ne travaille pas. J’ai écrit, puis on a transporté plusieurs camions de bois pour les barraques.
13/4 il ne pleut pas mais il fait froid. Travail aux barraques.
14/4 Après le travail aux barraques, le soir on nous appelle pour faire des tranchées dans les postes avancés. Après manger nous allons en camion à Igrient et le Carrasascal, position conquise récemment. Avec 3 autres menuisiers nous allons à Igrient faire des croix pour les barbelés (“chevaux de frise”).
15/4 On a passé la journée à dormir au moulin, une maison au milieu d’une grande plaine. Pas de toilettes, la maison est petite, et nous sommes 200. De plus, on ne peut pas sotir pour éviter que l’ennemi nous découvre, il est tout près. La nuit on fait les tranchées, y compris les menuisiers.
C’est impressionnant d’être dans ce poste avancé où les balles passent au dessus des sacs de terre ou se plantent dedans. On peut parler avec les ennemis qui sont à une distance de moins de deux cent mètres.
16/4 On a encore dormi toute la journée. Il y a eu des disenssions et incidents à cause du manque d’organisation et des contre-ordres. Le soir les camions ne viennent pas nous chercher et après plusieurs discussions avec le lieutenant et le capitaine du génie ils finissent par demander seulement 30 hommes volontaires pour faire les travaux les plus importants, et envoient chercher des camions à Sietamo pour notre retour. C’est déjà minuit passé. A ce moment je dormais, et j’ai juste le temps de suivre mes compagnons aux camions.
17/4 On est arrivé à 4 h du matin. Après midi au travail dans les barraques. Vers le soir, on a vu passer le bataillon de Vilafranca qui allait au front de Carrasco. On n’a pas pu leur parler.
18/4 Le camion de Vilafranca est arrivé avec des colis. Travail aux barraques, on a fait une photo.
19/4 Le camion est reparti vers Vilafranca, on a envoyé notre linge sale, et moi, j’ai renvoyé de la nourriture que j’avais en trop. Travail aux barraques. L’après midi,on annonce qu’une poudrière a explosée à Sarinyena, plusieurs maisons détruites et de nombreuses personnes enterrées. 150 hommes des “Taupes” partent de suite, seuls nous sommes restés ceux qui montent les barraques.
20/4 On n’est plus que 7 ici,on est plus à l’aise .
21/4 1 barraquement terminé.
22/4 On a perçu la fin de la quinzaine de mars, du 20 au 31 : 120 pesetas. Ceux qui étaient à Sarinyena sont revenus.
23/4 Le soir, il y a eu une réunion suite à l’ambiance de contrariété de tous les compagnons de la centurie. Une commission est créée qui présente une pétition, ils veulent repartir à Vilafranca.
Je ne me suis pas inscrit.
24/4 Travail aux barraques. Les discussions sur un départ sont abondantes.
25/4 Ca fait 1 mois que l’on est parti de la maison La tension augmente, la majorité veut partir, il y a de violentes discussions.
( Il faut se souvenir que Jaume n’est pas dans l’armée régulière, et il y a beaucoup d’improvisations, le commandement manque d’autorité et les différents partis politiques et syndicats ne coordonnent pas bien leurs actions. En 1 mois il a écrit 7 fois à sa femme et reçu d’elle 4 lettres, et 20 lettres à la famille et amis dont il a reçu 12 réponses)
26/4 Le Chef Lax change la position d’une barraque.
27/4 Il y a eu une assemblée organisée par Lax, au cours de laquelle les plus interessés ont indiqué les motifs de leur intention de partir. Lax leur a dit qu’il laissait partir ceux qui voulaient. Plus tard on nous a dit que Lax avait décidé de donner 8 jours de permission à toute la centurie, et ne reviendraient que ceux qui le souhaitaient.
Des copains du bataillon de Vilafranca sont venus nous voir, on est allé à la rivière, on s’est baignés et on a mangé des oeufs.
L’après-midi, après avoir rendu couvertures,vareuse, gamelle et couverts, on va à Barbastro en camion, on soupe à la cantine populaire, puis avec Julia (un ami)on va au café et au ciné, et on va dormir aux dortoirs populaires (pour 1 peseta).
28/4 Partis à 5h1/2 de Barbastro, j’arrive à 14 h à Barcelone. Avec Julia, on va chez Bossa où on mange, et après avoir acheté quelques jouets,on prend le train de 19 h qui arrive à Vilafranca à 21h (50 km). J’arrive, à pied, à la maison à 23 h après être passé chez mon frère. On a perçu 20 pesetas sur le compte de la 1ère quinzaine d’avril.
29/4 Rien de changé à la maison. L’ambiance sociale est mauvaise après l’assassinat d’un dirigeant de l’UGT à Hospitalet (Roldan Cortada) et d’un autre de la CNT à Puigcerda (Anton Martin). Le matin, à Vilafranca il ya des patrouilles de la FAI et du POUM. Ils ont désarmé des éléments du POUC et IRC (communistes ?).
1/5/1937 L’après-midi, on a fêté la Collectivité du village, et à “Parraig” (?) il y a eu un repas de fraternité auquel j’ai été convié. Plus tard, à Vilafranca,la coopérative des maçons ont eu une réunion au sujet de la présence de notre centurie à Sétiamo. Plusieurs cas ont été débattus et principalement celui du “Canonge”(prêtre ? ou nom de famille d’un sociétaire ?) qui est destitué par vote des sociétaires de la coopérative.
2/5 dimanche On va à la Serreta chez mes beaux-parents.
3/5 On perçoit 50 pesetas de la mairie sur le compte de la 1ère quinzaine d’avril. A Barcelone, le central télephonique a été attaqué par la Garde d’Assaut mais ceux de l’intérieur les ont retenu. De ce fait il y a eu une réaction armée dans les milieux CNT-FAI-POUM.
4/5 On dit qu’à Barcelone il y a des combats de rue et beaucoup de victimes. La ville est isolée, on ne peut pas y entrer ni telephoner. Heureusement dans les communes il ne se passe rien.
5/5 Ce matin, nous devions repartir, les volontaires vers Sétiamo, mais comme la situation de Barcelone est comme hier, on nous a dit que nous ne repartirions que lorsque la situation sera plus claire. On n’a pas eu de journaux et le train ne circule pas. L’après midi, la radio annonce la formation d’un Gouvernement de Catalogne provisoire, et l’ordre public est à la charge du Gouvernement Central.
6/5 On commence à savoir ce qui se passe à Barcelone. Il y a eu plus de 200 morts et plus encore de blessés. Les comités Régionaux CNT et UGT demandent la reprise du travail et l’arrêt des combats mais il semble que ça continue. Dans les communes il ne se passe rien.
7/5 Les combats de Barcelone diminuent.
8/5 La Mairie me paie 50 pesetas sur le compte de la 1ère quinzaine. La situation de Barcelone se normalise, les trains circulent. Mon frère est malade, il aurait un ulcère à l’estomac.
9/5 RAS, on nous dit que demain lundi, nous partirons à Siétamo.
10/5 Partis de Vil. à 5h1/2, nous ne sommes que 13. Certains qui devaient venir sont sans doute restés endormis. Arrivés à Barbastro à 18h. Longue attente d’un camion jusqu’à 5 h du matin, arrivée à Sétiamo à 6 h du matin.
11/5 Installation, récupération de nos affaires.
12/5-15/5 RAS. paie du reliquat de la 1ère quinzaine d’avril (30 pts). On a fait de photos pour la carte d’identité qu’on doit nous donner. Travail aux barraquements.
16/5 La presse évoque une crise grave dans le gouvernement Central. Situation délicate.
17/5 Il pleut, accident de voiture avec plusieurs blessés, 2 bonnes voitures détruites.
18/5 Formation d’un nouveau gouvernementdésaprouvé par la CNT et UGT à cause de la présidence de Négrin. Vaccination typhus, je me suis fait excuser.
19/5 La pluie nous empêche de travailler en continu. Suite à la formation du gouvernement socialiste et communiste, l’ambiance devient moins dense, on ne confirme pas les rumeurs de troubles vers l’arrière, il semble qu’il se passe des choses dans les forces du POUM.
20/5 Arrivée d’autres hommes de Lleida et Gérone. Forte activité d’artillerie.
22/5 Bombardement de nuit sur Osca, des camarades se sont trop alarmés et ont préferé rester dehors, ça n’a pas duré.
24/5 Il faut souligner que depuis plusieurs jours, il y a un malaise chez les “Taupes” : manque d’habillement et d’espadrilles, paie retardée, nourriture peu variée.
25/5 Des camarades demandent à partir. On a commencé les abris souterrains.
26/5 Fin du 3ème barraquement.
27/5 2ème vaccin pour ceux qui ont voulu. Allé pêcher à la rivière avec un filet prêté, mais sorti seulement 1 kg de poisson. Il y en a qui pêchent à la dynamite et exterminent le poisson. Perçu la 1ère quinz. de mai, on n’a pas encore perçu la 2ème d’avril, il parait que c’est le gouv. central qui s’en chargera.
28/5 La chaleur augmente, l’envie de travailler diminue, et j’ai envie de partir, mais avec tous, pas moi seul. 2 camarades ont été à Barbastro pour acheter des espadrilles et de la nourriture.
29/5 Forte chaleur, on se baigne dans la rivière devant les barraquements, à midi et le soir. Je me suis procuré de la viande que je fais frire.
30/5 On annonce le bombardement de Barcelone.
31/5 Sur les côtes de Catalogne, un sous marin a coulé deux bateaux “Cité de Barcelone, et Granada”. Bombardement à Alméria il semble que ce soit en représaille d’une attaque manquée des fascistes à Maho, au cours de laquelle, un bateau de guerre allemand a eu des dégats.(En réalité, l’aviation républicaine avait attaqué un cuirassé allemand, lui causant de gros dégats, ce sont 5 navires de guerre allemands qui bombardent Alméria).
2/6 /1937 Pluie par moments. la question de la nourriture nous préoccupe mais je me débrouille, il ne me manque rien pour l’instant.
4/6 Visite du Général Pozas avec sa suite. Selon des rumeurs il faut s’attendre à une forte attaque de Osca (Huesca).
5/6 Un cas curieux : le chef Lax a menacé de mort deux de nos camarades qui voulaient partir, et les a fait conduire à Serinyena, mais ils sont revenus. Un autre est devenu un peu fou et est resté là-bas. Deux autres ont été liberés, dont un avec une observation de “indiscipliné” et “lâche”. Tout cela accentue le mécontentement contre Lax. On a perçu la 2ème quinz. de mai, mais on nous retient 10 ptas puisque on nous paie 30 jours malgré que le mois aie 31 jours.
6/6 Vers midi, arrivée du camion de Vilafranca, J’ai reçu un paquet de linge et de la nourriture, et je lui ai remis mon linge sale, une lettre et 300 pts à remettre à mon frère.
7/6 Le soir, on organise une compagnie de 250 hommes pour partir à la première occasion. Moi et Castells(un copain), on nous garde ici pour terminer les barraquements. Il semble que l’on va vers une offensive à fond sur ce front.
8/6 La compagnie n’est pas encore partie. Celui qui était resté à Serinyena s’est échappé de l’hôpital lors d’une visite de medecin, on est inquiet à cause de son état mental.

-----(le 14/8/37, le général Pozas lance un assaut vers Sarragosse. La bataille dure jusqu’au 6 septembre, les républicains entrent dans Sarragosse après 3 semaines de combats extrèmement meurtriers. Mais les fascistes reviennent en force avec les italiens et les allemands et reprennent le terrain fin octobre. Après la perte des provinces du nord, des unités vont à Madrid, où se trouve encore le Gouvernement républicain. Jaume reste quelque temps à Madrid, puis il va sur le front de Teruel, en décembre 1937. Teruel est prise par les républcains puis reprise par les fascistes fin février 1938. Les combats ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts.
--------Pas de notes entre juin 1937 et 17/12/1938.
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Jaume est maintenant à Buitrago (entre Teruel et Jaen)
Samedi 17/12/1938 Fait portes et fenètres du barraquement.
19/12 neige pendant la nuit. Les permissionnaires vers Madrid sont partis, mais pas ceux de province.
20/12 rien de nouveau sur le front. Je reste à la caserne, préparation de bois pour les barraquements.
23/12 mauvais temps. Un camion est allé chercher de l’huile à Jaen pour la brigade, et a rapporté du vin : beaucoup “d’animation” le soir et certains bourrés. Le cercle artistique présente une pièce comique.
24/12 mauvais temps, neige, la rivière est gelée.. Je suis toujours à l’atelier. Le soir : rations exceptionnelles pour la nuit de Noël. En plus, à l’atelier on a fait une fête entre nous avec nos provisions. L’après midi on a eu congé.
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---------Pas de notes entre 25/12/1938 et 25/1/1939
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Le 25/1/1939, je suis entré blessé à l’Orphelinat Ribes.
le 31/1 radiographies du pied et du dos. On me plâtre le pied.
5/2 j’écris à Aurelia Ballesteros
7/2 reçu la visite de Pepita Bossa (mère de Montserrat) qui me donne de l’argent. Le même jour,on nous évacue à l’Hôpital de Sant Pau, pavillon 13, 1er étage, lit 39.
Jusqu’au 9 j’ai été constipé.
On nous a informé que nous sommes prisonniers de guerre
Le 10, j’écris à mes beaux-parents
le 11, à Ramon Bossa et à Juan Roca, de Rubi (macia 55)
le 23, reçu visite de la cousine Pepita avec son fils, ils m’apportent un paquet avec de la nourriture.
le 26, mes beaux parents viennent me voir mais ils ne peuvent pas entrer, ils me laissent un paquet. avec de la nourriture.
le 2 mars, Pepita m’envoie du sucre et du tabac
Tous les blessés considérés comme prisonniers de guerre sont assez bien traités, le curé et les religieuses font leurs pratiques religieuses, seule la nourriture se dégrade. Ma blessure va mieux.
Le 4, est mort le jeune homme Ramon qui était devant moi. Sa mère est restée avec lui jusqu’au bout. Je leur ai prêté un pantalon. Depuis que nous sommes ici, dans la salle il y a eu 9 morts.
Le 6 on a changé mon plâtre, j’ai encore une grosse plaie.
Le 9, on m’a mis une attelle et avec deux bâtons j’ai pu commencer à me lever.
le 13, visite de ma belle-soeur Enriqueta et de la cousine Pepita
le 14 Enriqueta revient avec sa future belle mère.
Un autre homme est mort de pneumonie dans le lit d’en face.
le 15 Ecrit aux parents Mercader pour la mort de leur fils.
le 20, visite de Pepita
le 22 visite de mes beaux frères, Enriqueta et Manel.
le 27 reçu un paquet de Pepita. Un treizième mort dans la chambre.
le 28, annonce avec manifestations de joie..(par les fascites) de la nouvelle de la chute de Madrid
le 31, on m’enlève le dernier plâtre du pied
le 2 avril,le quartier général de Franco donne le dernier communiqué de guerre, les hostilités sont terminées avec la déroute totale de l’armée “rouge”.
le 7 visite de la cousine Pepita avec un colis. Ils commencent à libèrer les blessés qui ont reçu l’autorisation.
le 10 avril , les cousins Bossa m’apportent une lettre de Remei adressée à ses parents. Je lui écris le jour même à Morez. (Remei recevra sa 1ère lettre le 15 mai seulement mais elle sait depuis le 18 avril que son mari est blessé et prisonnier)
le 12, évacuation de ceux qui vont à Monjuic (ou Monzeu ?), et départ de certains libérés, la salle se vide. on me place avec un copain aux lits 1 et 2.
le 14 visite d’Enriqueta
le 15 idem, avec Ramon. on avance l’heure de 1 heure. Il y a de nouvelles infirmières et docteurs.
le 16 visite de Maria Domingo, de Esplugues.
le 17, ils remplissent la salle avec d’autres blessés d’autres salles.
le 23 avril,profitant d’une occasion, je suis sorti pour aller chez les cousins où j’ai mangé avant de revenir. Mes blessures guérissent, j’ai des soins tous les 2 ou 3 jours mais j’ai encore besoin d’une canne. On a eu une conférence pour la fête du livre (c’est la Sant Jordi)
le 27 on me fait des radios et on ne trouve pas les éclats de mitraille (blessure du dos). D’après le Dr Roca, ils sont peut-être parti avec la supuration des plaies.
Le 2 mai, reçu lettre de Ramon Figueres, j’ai une angine.
Je lui répond le 3 à l’Hôpital Monzeu (?) . Visite de Enriqueta qui revient le 4. Je n’ai plus d’angine.
Le 8 au dispensaire pour l’oreille, je vais manger chez les cousins.
le 12 je sors chez les cousins.
le 14 je vais chez Dualdo (jusqu’au 31 mai, il peut sortir plusieurs fois)
Le 1er juin, je suis évacué en train vers l’hôpital militaire de l’Académie Générale de Saragosse où j’arrive le 2. Je suis à la salle 16, lit 80. Discipline stricte mais nourriture meilleure qu’à Barcelone.
Le 7 juin, je commence à travailler comme menuisier au salaire de 150 ptas. On est une douzaine à travailler pour un dépôt de munitions. ( à partir de ce moment-là, Jaume, qui est prisonnier, va tout faire pour obtenir certaines libertés, et se rapprocher de la frontière française en vue d’une évasion).
Le 11, on me donne des espadrilles et un pantalon.
le 23, reçu une lettre de ma femme par l’intermédiaire des cousins.
le 17 juillet, par ordre du directeur, on arrête les travaux de la poudrière.
Le 18 on nous envoie au camp de concentration de Sant Firmin. Je fais une déposition et on me place à la salle 41 destinée à ceux qui doivent aller dans les bataillons de travailleurs.
Le 27 , 150 hommes vont au bataillon de Belchite (près de Huesca). Le sergent-chef me désigne pour la menuiserie en remplacement des partants.
le 9 aout je sors avec le sergent-chef pour changer des meubles à Saragosse.
le 12 reçu lettre de ma femme du 4/8/39.
le 18, visite d’Enriqueta avec Maria Olivella qui habite à Sarragosse, avec des lettres de ma femmme, de l’argent et des fruits .
(depuis qu’il est là, il écrit beaucoup, femme, famille, amis, et reçoit normalement des réponses)
Le 23, je m’inscris sur une liste pour aller en bataillon de travailleurs. On part à 14 h à pied vers Sarragosse puis en train jusqu’à Calatayut.
Arrivés à 22h, on dort dans un théatre.
Le 24 aout, je suis enrôlé dans le bataillon de travailleurs 117 de Calatayut.C’est un bataillon d’intendance, et il parait qu’on y est pas mal.
(Il n’est plus très loin de la frontière. Entre temps, en septembre, la guerre est déclarée en France contre l’Allemagne )
........... le 21 novembre, le bataillon est dissoud, on est versé au 107, 2ème compagnie.
le 24 on part de Calatayut en train pour Riera del Bidassoa où se forme une caserne.
Le 1er décembre, on monte sur la montagne qui touche la frontière où on va faire les constructions.
Le temps est très mauvais.
le 4 je commence à aller à la menuiserie du village pour travailler pour le lieutenant et la compagnie. Certains du bataillon passent en France.
Le 6 décembre 1939, au matin, j’ai passé la frontière. Je suis arrêté par des carabiniers français qui me conduisent à St Jean de Luz où je retrouve d’autres fugitifs de mon bataillon. Après diner et déposition,on nous emmène à Bayonne où on nous enrôle dans la Légion Etrangère (en fait ça ne se fera pas tout de suite).
Le 8 on reçoit d’autres évadés, on est déjà 30. On mange bien,et pour l’instant on fait du nettoyage.
J’ai beaucoup écris : le 11 je reçois un télégramme de ma femme, puis une lettre tous les jours avec des mandats.
Le 19 je demande à ma femme un certificat pour obtenir une permission.
le 23 je commence à travailler à la cuisine de la caserne.
le 27 j’ai le certificat, je demande un permis pour aller à Morez.
Le 22 janvier 1940, je suis toujours aux cuisines. On donne l’ordre à tous les espagnols militaires de se tenir prêts à partir le lendemain.
Le 23 janvier, on part à 6h avec 36 autres espagnols,via Pau, Oloron Ste Marie, puis par camions au camp de Gurs. C’est un camp très grand, il reste seulement 5000 des brigades internationales ou invalides espagnols.
Le 26 On s’ennuie, la nourriture est rare, bien que nous recevions plus de vin et de pain que les autres.
Le 39 je m’achète un stylo et un rasoir-couteau pour 21 f.
Le 30 on travaille aux corvées à tour de rôle.
Le 3 février je demande du travail dans mon métier.
Le 6 la moitié de ceux de la barraque vont à l’îlot F comme volontaires pour la Légion.
Restent 16, et je dois rester pour faire la cuisine. Je reçois une lettre de ma femme que je dois payer 2 f. (c’est la 1ère fois qu’il doit payer alors qu’il reçoit du courrier tous les jours, il paiera même le double pour une autre lettre le surlendemain).
Le 12 Toujours aux cuisines. Un ami nous apprend la grammaire française.
Le 13, reçu lettre de ma femme annonçant le décès de la petite Moureaux. J’envoie une lettre de condoléances en français.
Le 15 on m’appelle pour confirmer mon accord pour la Légion Etrangère. pour la durée de la campagne (la guerre a été déclarée en septembre 1939)
Le 16, je passe à l’îlot F, barraque 3.
Le 21 février 1940, on signe les contrats d’engagement pour la Légion. Le même jour, ils demandent des volontaires pour aller en Finlande. Certains s’inscrivent et pour cela on retarde notre départ.
Le 22 février au matin, je reçois un mandat de 100 f de ma femme. à 11h on part pour Oloron en train : Pau, Lourdes, Tarbes, Toulouse, Carcassonne, Avignon, puis Valence, à 8h le 23/2. On attend à la gare de Valence et on repart à 15h via Vienne, Lyon et.......(?).
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Arrivée à Sathonay à 21 h. le 23/2/1940
24/2 visite médicale et fiches de police. J’essaie d’avoir un permis mais ça semble difficile.
(Jaume est à moins de 140 km de sa femme et de son fils)
25/2 on fait des corvées, le soir on peut se promener.
26/2 On est incorporés à la 21 ème compagnie de transmissions.
27 et 28/2 le medecin qui devait m’obtenir un permis n’a rien pu faire (pour aller à Morez)
29/2 On part à 2h du matin en car puis en train de Lyon à Marseille. Arrivés à 11h au chateau (Fort StJean) où on est vraiment traités comme des légionnaires.
1/3 Toujours au fort. La moitié a déja embarqué . On a été payés pour 4 jours.
2/3 Après des travaux de nettoyage, on déjeune à 9h1/2 et on embarque sur le Sidi-Brahim qui part à mi-après midi.
3/3 On passe en vue de Mallorca. La mer bouge.
4/3 Arrivée à Oran, vers la caserne dépôt, travaux de nettoyage, puis à la gare pour prendre le train à minuit.
5/3 Arrivée à Sidi Bel Abbès, caserne dépôt 2 . On nous paye 2 jours de plus.
6,7,8/3 on nous habille, visites médicales, vaccins, corvées.
10/3 C’est dimache on ne travaille pas. On prend les repas plus tôt pour ceux qui sortent en permission. On nous a fait vendre tous nos vêtements civils et les valises.
11/3 Je suis affecté au 1 er Régiment d’Infanterie Etrangère.
12/3 On nous paie 7 jours : 350 f. Je suis à la 2ème compagnie, 2ème section Adjudant chef Muller, Sergent chef Bellami.
13/3 On nous équipe complètement et on apprend à ranger notre paquetage.
14/3 On commence nos classes. J’ai demandé un certificat de présence. Le courrier arrive.
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01 avril 1940 On perçoit 26 f pour les jours passés à la compagnie plus 0,9 f /jour pour indemnité tabac.
dimanche 3/4 je suis garde chambre. on a fait un exercice de tir à 8 km d’ici.
16/4 Il y a eu beaucoup de départs. on perçoit 21 f pour la quinzaine.
22/4 On a rendu notre paquetage, gardant seulement ce que nous portons sur nous. Préparation au départ pour le Maroc.
28/4 On n’est toujours ici. On a assisté à une pièce de théatre par les légionnaires
29/4 paie de la 2ème quinz. d’avril 21 f. Le soir il y a un défilé pour commencer la fête de la Légion. demain matin nous partons pour Marrakech.
30/4 fête de la Légion, on se prépare à partir avec nos provisions . On part par train à 9h.
On passe par Tubia, Descartes, Lamoricière,Tlemcen,Turenne,Sidi-Medjahed,Marnia,Zoudi el Beghal, Oujda (frontière) On passe la nuit à la gare.
01/5 On repart. Naïma, El Aioun, Taourirt, Msiri, Taza, puis Fes à 1h. On continue avec la ligne électrifiée.
02/5 Meknès,Petit-Jean, Sidi Slimane, Port Lyautey, Salé Rabat,près de la côte jusqu’à Casablanca, on mange froid, puis Marrakech
03/5 Arrivée au camp Mangin. On nous donne un paquetage.
....13/5 On reprend l’instruction. J’ai travaillé quelques jours à l’atelier.
18/5 En sortant de la garde, je me présente au commandant avec les autres aspirants musiciens.
20/5 Début de l’entrainement musique.
29/5 Suite à un petit incident avec un caporal chef, j’ai 8 jours de salle de police.
30/5 On est 11 au poste de police. L’après-midi je continue à aller à la “clique” pour apprendre le tambour.
18-19 juin 1940 On apprend que les allemands sont à Paris et qu’ils attaquent du coté du Jura.
20 au 25/6 Nous sommes à Ouarzazate. Le gouvernement a signé l’armistice, c’est jour de deuil national
30/6 beaucoup de commentaires sur l’armistice et la démobilisation.
....6/7 On apprend l’agression de la flotte anglaise contre la française à Oran et Mers el Kébir.
...14 juillet 1940 Fête nationale, on la célèbre avec le drapeau en berne et un défilé silencieux au cimetière
...03 aout Toutes mes lettre à ma femme me reviennent car elle est en zone occupée. On peut écrire seulement par carte postale.
....15/8 Tous les engagés pour la durée de la guerre ont été contactés. Il semble qu’on pourrait être liberés bientôt.
....24/8 On a déjà rendu le paquetage, en attendant la démobilisation. J’écris à ma femme chez Moureaux à Prémanon qui est en zone libre.
...13 septembre On est de retour au camp Mangin. Je commence à travailler à la menuiserie.
....15/9 Tous les D.de G. (durée de la guerre) sont réunis.
....21/9 Liste des démobilisés. On va dans des groupes de travailleurs, je suis affecté au n° 9. Revue du colonel comme adieu à la Légion, mais il semble que l’on continuera à être militaires.
....24/9 rien de nouveau, je vais à l’infirmerie où on m’hospitalise.
....6/10 Toujours à l’infirmerie, mais je travaille à l’atelier.
10/10 idem, mes boutons ont presque disparus. Mon groupe est parti de Ram-Ram pour la région de Casablanca.
.....22/10 Je commence à travailler à la menuiserie.
.....8/11 On part pour Casablanca.
9/11 Je suis avec mon groupe, affecté à la menuiserie de Mediouna. On m’a payé mais on a deduit les jours passés à l’infirmerie.
15-16/11 Ils ont récuperé les ceintures de toile blanche, comme moi, d’autres les avaient perdues ou on leur avait volé. Ils ne nous ont pas payé la quinzaine à cause de ça.
20-21/11 Il n’y a ni outils ni travail de menuisier alors on m’a mis à la pelle et à la pioche.
02/12 A 4 h du matin, on part de Mediouna à pied vers Casa, et en train on va à Salé où on passe la nuit.
04/12 Sortant de Salé à pied on prend la route de Meknès jusqu’au km 22, à Camp Monod où on fait notre campement. En chemin il y a des incidents entre espagnols et allemands.
05-06/12 Installation dans des guitounes. Je fais mon travail de menuisier.
07-08/12/1940 Des gendarmes viennent chercher 3 espagnols accusés. Avec Belard, on passe l’après-midi chez le catalan. (il s’agit de la famille Ardebol)
21/12 Suite à une dispute,j’en ai fini avec la cuisine.
23/12 On commence à travailler sur la route.
24/12 On ne travaille pas. Avec des copains on mange des lapins chassés dimanche.
31/12 Dans le groupe il y a des saouleries et des vols.
01/01/1941 On étrenne le ballon de foot acheté par le capitaine.04/1 Avec Belard on est en permission à Rabat, et on visite la ville.