(Dès le début de la guerre civile, Sarragosse fut occupée par Franco. L’Aragon fut un important front de combats jusqu’à ce que les républicains se replient. Mon père, engagé volontaire y est envoyé dans le cadre de l’assistance des coopératives. C’est une armée non structurée. Il part pour Barbastro, au pied des Pyrénées, province de Huesca, à 150 km au N.O. de Vilafranca).
On part de Ferran (Sant Pere Molanta) à 17 h45 vers Barcelone en car puis par le train du Nord nous passons Montcada,Sabadell,Olesa, Manresa, Calaf,Cervera,Lleida,Almacelles, Selgua (changé de train) puis Barbastro à 19h30. On mange à la cantine populaire et on va dormir chez l’habitant. Il y a une alerte aérienne, mais rien ne se passe.
26/3 départ en camions vers Siétamo, 35 km, et on s’organise en bataillon de sapeurs du génie, Les Taupes,Centurie de Vilafranca, 5ème groupe.
27/3 On nous donne une veste matelassée.On est allé jusqu’à Torregon de Armonia.
28/3 il pleut, on ne bouge pas. Comme il n’y a pas de provisions, il est décidé d’envoyer une commission à Vilafranca pour faire le nécessaire.
29/3 On travaille dans des tranchées près de Osca ( Huesca). La montagne est dure, bonne entrée en matière pour moi qui n’ai jamais utilisé un pic. On a eu du vin aujourd’hui.
30/3 On fait les allers-retours en camion, on mange dans la montagne.
31/3 Je reste de garde à la “pallisa”(campement?), je suis un peu enrhumé.
1/4/37 On est allé aux tranchées . Ca fait 3 ans que l’on est marié.
2/4 Un camion est arrivé de Vilafranca avec des paquets.Chacun a eu ce qu’il avait demandé chez lui. Ils ont aussi apporté du vin, des liqueurs, des oranges et du chocolat que l’on s’est partagé. Depuis les tranchées on a pu apprécier de près l’effet d’une canonnade très proche.
3/4 L’artillerie et l’aviation ennemie nous arrose de bon coeur.
4/4 On a travaillé toute la journée, et contrairement à hier, on a apprécié le silence à Osca, malgré l’apparition de 2 avions amis qui ont bombardé une poudrière à en juger par la fumée noire.
5/4 On travaille, le bruit est plus intense qu’hier.
6/4 idem. les artilleries amie et ennemie se font entendre. Rien que sur la route de Monte...... ils ont tiré 30 coups de 150 m/m.
7/4 De bon matin, on a vu arriver une colonne de choc qui attend les ordres. 13 avions amis ont bombardé les positions ennemis. Puis il y a eu l’aviation ennemie et un fort duel d’artillerie. on s’attend à des combats. On travaille toujours dans les tranchées.
8/4 RAS pendant qu’on travaille les fascistes continuent à bombarder.
9/4 RAS . Travail. C’est assez silencieux.
10/4 La dernière nuit a été assez mouvementée : artillerie et aviation. On a vu de avions dans la journée. Travail aux tranchées.
11/4 On commence, nous les menuisiers avec des maçons et manoeuvres, à monter des barraques. Elles sont situées dans un lieu qui risque d’attirer l’eau de la rivière !...
12/4 Pluie. on ne travaille pas. J’ai écrit, puis on a transporté plusieurs camions de bois pour les barraques.
13/4 il ne pleut pas mais il fait froid. Travail aux barraques.
14/4 Après le travail aux barraques, le soir on nous appelle pour faire des tranchées dans les postes avancés. Après manger nous allons en camion à Igrient et le Carrasascal, position conquise récemment. Avec 3 autres menuisiers nous allons à Igrient faire des croix pour les barbelés (“chevaux de frise”).
15/4 On a passé la journée à dormir au moulin, une maison au milieu d’une grande plaine. Pas de toilettes, la maison est petite, et nous sommes 200. De plus, on ne peut pas sotir pour éviter que l’ennemi nous découvre, il est tout près. La nuit on fait les tranchées, y compris les menuisiers.
C’est impressionnant d’être dans ce poste avancé où les balles passent au dessus des sacs de terre ou se plantent dedans. On peut parler avec les ennemis qui sont à une distance de moins de deux cent mètres.
16/4 On a encore dormi toute la journée. Il y a eu des disenssions et incidents à cause du manque d’organisation et des contre-ordres. Le soir les camions ne viennent pas nous chercher et après plusieurs discussions avec le lieutenant et le capitaine du génie ils finissent par demander seulement 30 hommes volontaires pour faire les travaux les plus importants, et envoient chercher des camions à Sietamo pour notre retour. C’est déjà minuit passé. A ce moment je dormais, et j’ai juste le temps de suivre mes compagnons aux camions.
17/4 On est arrivé à 4 h du matin. Après midi au travail dans les barraques. Vers le soir, on a vu passer le bataillon de Vilafranca qui allait au front de Carrasco. On n’a pas pu leur parler.
18/4 Le camion de Vilafranca est arrivé avec des colis. Travail aux barraques, on a fait une photo.
19/4 Le camion est reparti vers Vilafranca, on a envoyé notre linge sale, et moi, j’ai renvoyé de la nourriture que j’avais en trop. Travail aux barraques. L’après midi,on annonce qu’une poudrière a explosée à Sarinyena, plusieurs maisons détruites et de nombreuses personnes enterrées. 150 hommes des “Taupes” partent de suite, seuls nous sommes restés ceux qui montent les barraques.
20/4 On n’est plus que 7 ici,on est plus à l’aise .
21/4 1 barraquement terminé.
22/4 On a perçu la fin de la quinzaine de mars, du 20 au 31 : 120 pesetas. Ceux qui étaient à Sarinyena sont revenus.
23/4 Le soir, il y a eu une réunion suite à l’ambiance de contrariété de tous les compagnons de la centurie. Une commission est créée qui présente une pétition, ils veulent repartir à Vilafranca.
Je ne me suis pas inscrit.
24/4 Travail aux barraques. Les discussions sur un départ sont abondantes.
25/4 Ca fait 1 mois que l’on est parti de la maison La tension augmente, la majorité veut partir, il y a de violentes discussions.
( Il faut se souvenir que Jaume n’est pas dans l’armée régulière, et il y a beaucoup d’improvisations, le commandement manque d’autorité et les différents partis politiques et syndicats ne coordonnent pas bien leurs actions. En 1 mois il a écrit 7 fois à sa femme et reçu d’elle 4 lettres, et 20 lettres à la famille et amis dont il a reçu 12 réponses)
26/4 Le Chef Lax change la position d’une barraque.
27/4 Il y a eu une assemblée organisée par Lax, au cours de laquelle les plus interessés ont indiqué les motifs de leur intention de partir. Lax leur a dit qu’il laissait partir ceux qui voulaient. Plus tard on nous a dit que Lax avait décidé de donner 8 jours de permission à toute la centurie, et ne reviendraient que ceux qui le souhaitaient.
Des copains du bataillon de Vilafranca sont venus nous voir, on est allé à la rivière, on s’est baignés et on a mangé des oeufs.
L’après-midi, après avoir rendu couvertures,vareuse, gamelle et couverts, on va à Barbastro en camion, on soupe à la cantine populaire, puis avec Julia (un ami)on va au café et au ciné, et on va dormir aux dortoirs populaires (pour 1 peseta).
28/4 Partis à 5h1/2 de Barbastro, j’arrive à 14 h à Barcelone. Avec Julia, on va chez Bossa où on mange, et après avoir acheté quelques jouets,on prend le train de 19 h qui arrive à Vilafranca à 21h (50 km). J’arrive, à pied, à la maison à 23 h après être passé chez mon frère. On a perçu 20 pesetas sur le compte de la 1ère quinzaine d’avril.
29/4 Rien de changé à la maison. L’ambiance sociale est mauvaise après l’assassinat d’un dirigeant de l’UGT à Hospitalet (Roldan Cortada) et d’un autre de la CNT à Puigcerda (Anton Martin). Le matin, à Vilafranca il ya des patrouilles de la FAI et du POUM. Ils ont désarmé des éléments du POUC et IRC (communistes ?).
1/5/1937 L’après-midi, on a fêté la Collectivité du village, et à “Parraig” (?) il y a eu un repas de fraternité auquel j’ai été convié. Plus tard, à Vilafranca,la coopérative des maçons ont eu une réunion au sujet de la présence de notre centurie à Sétiamo. Plusieurs cas ont été débattus et principalement celui du “Canonge”(prêtre ? ou nom de famille d’un sociétaire ?) qui est destitué par vote des sociétaires de la coopérative.
2/5 dimanche On va à la Serreta chez mes beaux-parents.
3/5 On perçoit 50 pesetas de la mairie sur le compte de la 1ère quinzaine d’avril. A Barcelone, le central télephonique a été attaqué par la Garde d’Assaut mais ceux de l’intérieur les ont retenu. De ce fait il y a eu une réaction armée dans les milieux CNT-FAI-POUM.
4/5 On dit qu’à Barcelone il y a des combats de rue et beaucoup de victimes. La ville est isolée, on ne peut pas y entrer ni telephoner. Heureusement dans les communes il ne se passe rien.
5/5 Ce matin, nous devions repartir, les volontaires vers Sétiamo, mais comme la situation de Barcelone est comme hier, on nous a dit que nous ne repartirions que lorsque la situation sera plus claire. On n’a pas eu de journaux et le train ne circule pas. L’après midi, la radio annonce la formation d’un Gouvernement de Catalogne provisoire, et l’ordre public est à la charge du Gouvernement Central.
6/5 On commence à savoir ce qui se passe à Barcelone. Il y a eu plus de 200 morts et plus encore de blessés. Les comités Régionaux CNT et UGT demandent la reprise du travail et l’arrêt des combats mais il semble que ça continue. Dans les communes il ne se passe rien.
7/5 Les combats de Barcelone diminuent.
8/5 La Mairie me paie 50 pesetas sur le compte de la 1ère quinzaine. La situation de Barcelone se normalise, les trains circulent. Mon frère est malade, il aurait un ulcère à l’estomac.
9/5 RAS, on nous dit que demain lundi, nous partirons à Siétamo.
10/5 Partis de Vil. à 5h1/2, nous ne sommes que 13. Certains qui devaient venir sont sans doute restés endormis. Arrivés à Barbastro à 18h. Longue attente d’un camion jusqu’à 5 h du matin, arrivée à Sétiamo à 6 h du matin.
11/5 Installation, récupération de nos affaires.
12/5-15/5 RAS. paie du reliquat de la 1ère quinzaine d’avril (30 pts). On a fait de photos pour la carte d’identité qu’on doit nous donner. Travail aux barraquements.
16/5 La presse évoque une crise grave dans le gouvernement Central. Situation délicate.
17/5 Il pleut, accident de voiture avec plusieurs blessés, 2 bonnes voitures détruites.
18/5 Formation d’un nouveau gouvernementdésaprouvé par la CNT et UGT à cause de la présidence de Négrin. Vaccination typhus, je me suis fait excuser.
19/5 La pluie nous empêche de travailler en continu. Suite à la formation du gouvernement socialiste et communiste, l’ambiance devient moins dense, on ne confirme pas les rumeurs de troubles vers l’arrière, il semble qu’il se passe des choses dans les forces du POUM.
20/5 Arrivée d’autres hommes de Lleida et Gérone. Forte activité d’artillerie.
22/5 Bombardement de nuit sur Osca, des camarades se sont trop alarmés et ont préferé rester dehors, ça n’a pas duré.
24/5 Il faut souligner que depuis plusieurs jours, il y a un malaise chez les “Taupes” : manque d’habillement et d’espadrilles, paie retardée, nourriture peu variée.
25/5 Des camarades demandent à partir. On a commencé les abris souterrains.
26/5 Fin du 3ème barraquement.
27/5 2ème vaccin pour ceux qui ont voulu. Allé pêcher à la rivière avec un filet prêté, mais sorti seulement 1 kg de poisson. Il y en a qui pêchent à la dynamite et exterminent le poisson. Perçu la 1ère quinz. de mai, on n’a pas encore perçu la 2ème d’avril, il parait que c’est le gouv. central qui s’en chargera.
28/5 La chaleur augmente, l’envie de travailler diminue, et j’ai envie de partir, mais avec tous, pas moi seul. 2 camarades ont été à Barbastro pour acheter des espadrilles et de la nourriture.
29/5 Forte chaleur, on se baigne dans la rivière devant les barraquements, à midi et le soir. Je me suis procuré de la viande que je fais frire.
30/5 On annonce le bombardement de Barcelone.
31/5 Sur les côtes de Catalogne, un sous marin a coulé deux bateaux “Cité de Barcelone, et Granada”. Bombardement à Alméria il semble que ce soit en représaille d’une attaque manquée des fascistes à Maho, au cours de laquelle, un bateau de guerre allemand a eu des dégats.(En réalité, l’aviation républicaine avait attaqué un cuirassé allemand, lui causant de gros dégats, ce sont 5 navires de guerre allemands qui bombardent Alméria).
2/6 /1937 Pluie par moments. la question de la nourriture nous préoccupe mais je me débrouille, il ne me manque rien pour l’instant.
4/6 Visite du Général Pozas avec sa suite. Selon des rumeurs il faut s’attendre à une forte attaque de Osca (Huesca).
5/6 Un cas curieux : le chef Lax a menacé de mort deux de nos camarades qui voulaient partir, et les a fait conduire à Serinyena, mais ils sont revenus. Un autre est devenu un peu fou et est resté là-bas. Deux autres ont été liberés, dont un avec une observation de “indiscipliné” et “lâche”. Tout cela accentue le mécontentement contre Lax. On a perçu la 2ème quinz. de mai, mais on nous retient 10 ptas puisque on nous paie 30 jours malgré que le mois aie 31 jours.
6/6 Vers midi, arrivée du camion de Vilafranca, J’ai reçu un paquet de linge et de la nourriture, et je lui ai remis mon linge sale, une lettre et 300 pts à remettre à mon frère.
7/6 Le soir, on organise une compagnie de 250 hommes pour partir à la première occasion. Moi et Castells(un copain), on nous garde ici pour terminer les barraquements. Il semble que l’on va vers une offensive à fond sur ce front.
8/6 La compagnie n’est pas encore partie. Celui qui était resté à Serinyena s’est échappé de l’hôpital lors d’une visite de medecin, on est inquiet à cause de son état mental.
-----(le 14/8/37, le général Pozas lance un assaut vers Sarragosse. La bataille dure jusqu’au 6 septembre, les républicains entrent dans Sarragosse après 3 semaines de combats extrèmement meurtriers. Mais les fascistes reviennent en force avec les italiens et les allemands et reprennent le terrain fin octobre. Après la perte des provinces du nord, des unités vont à Madrid, où se trouve encore le Gouvernement républicain. Jaume reste quelque temps à Madrid, puis il va sur le front de Teruel, en décembre 1937. Teruel est prise par les républcains puis reprise par les fascistes fin février 1938. Les combats ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts.
--------Pas de notes entre juin 1937 et 17/12/1938.
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Jaume est maintenant à Buitrago (entre Teruel et Jaen)
Samedi 17/12/1938 Fait portes et fenètres du barraquement.
19/12 neige pendant la nuit. Les permissionnaires vers Madrid sont partis, mais pas ceux de province.
20/12 rien de nouveau sur le front. Je reste à la caserne, préparation de bois pour les barraquements.
23/12 mauvais temps. Un camion est allé chercher de l’huile à Jaen pour la brigade, et a rapporté du vin : beaucoup “d’animation” le soir et certains bourrés. Le cercle artistique présente une pièce comique.
24/12 mauvais temps, neige, la rivière est gelée.. Je suis toujours à l’atelier. Le soir : rations exceptionnelles pour la nuit de Noël. En plus, à l’atelier on a fait une fête entre nous avec nos provisions. L’après midi on a eu congé.
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---------Pas de notes entre 25/12/1938 et 25/1/1939
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Le 25/1/1939, je suis entré blessé à l’Orphelinat Ribes.
le 31/1 radiographies du pied et du dos. On me plâtre le pied.
5/2 j’écris à Aurelia Ballesteros
7/2 reçu la visite de Pepita Bossa (mère de Montserrat) qui me donne de l’argent. Le même jour,on nous évacue à l’Hôpital de Sant Pau, pavillon 13, 1er étage, lit 39.
Jusqu’au 9 j’ai été constipé.
On nous a informé que nous sommes prisonniers de guerre
Le 10, j’écris à mes beaux-parents
le 11, à Ramon Bossa et à Juan Roca, de Rubi (macia 55)
le 23, reçu visite de la cousine Pepita avec son fils, ils m’apportent un paquet avec de la nourriture.
le 26, mes beaux parents viennent me voir mais ils ne peuvent pas entrer, ils me laissent un paquet. avec de la nourriture.
le 2 mars, Pepita m’envoie du sucre et du tabac
Tous les blessés considérés comme prisonniers de guerre sont assez bien traités, le curé et les religieuses font leurs pratiques religieuses, seule la nourriture se dégrade. Ma blessure va mieux.
Le 4, est mort le jeune homme Ramon qui était devant moi. Sa mère est restée avec lui jusqu’au bout. Je leur ai prêté un pantalon. Depuis que nous sommes ici, dans la salle il y a eu 9 morts.
Le 6 on a changé mon plâtre, j’ai encore une grosse plaie.
Le 9, on m’a mis une attelle et avec deux bâtons j’ai pu commencer à me lever.
le 13, visite de ma belle-soeur Enriqueta et de la cousine Pepita
le 14 Enriqueta revient avec sa future belle mère.
Un autre homme est mort de pneumonie dans le lit d’en face.
le 15 Ecrit aux parents Mercader pour la mort de leur fils.
le 20, visite de Pepita
le 22 visite de mes beaux frères, Enriqueta et Manel.
le 27 reçu un paquet de Pepita. Un treizième mort dans la chambre.
le 28, annonce avec manifestations de joie..(par les fascites) de la nouvelle de la chute de Madrid
le 31, on m’enlève le dernier plâtre du pied
le 2 avril,le quartier général de Franco donne le dernier communiqué de guerre, les hostilités sont terminées avec la déroute totale de l’armée “rouge”.
le 7 visite de la cousine Pepita avec un colis. Ils commencent à libèrer les blessés qui ont reçu l’autorisation.
le 10 avril , les cousins Bossa m’apportent une lettre de Remei adressée à ses parents. Je lui écris le jour même à Morez. (Remei recevra sa 1ère lettre le 15 mai seulement mais elle sait depuis le 18 avril que son mari est blessé et prisonnier)
le 12, évacuation de ceux qui vont à Monjuic (ou Monzeu ?), et départ de certains libérés, la salle se vide. on me place avec un copain aux lits 1 et 2.
le 14 visite d’Enriqueta
le 15 idem, avec Ramon. on avance l’heure de 1 heure. Il y a de nouvelles infirmières et docteurs.
le 16 visite de Maria Domingo, de Esplugues.
le 17, ils remplissent la salle avec d’autres blessés d’autres salles.
le 23 avril,profitant d’une occasion, je suis sorti pour aller chez les cousins où j’ai mangé avant de revenir. Mes blessures guérissent, j’ai des soins tous les 2 ou 3 jours mais j’ai encore besoin d’une canne. On a eu une conférence pour la fête du livre (c’est la Sant Jordi)
le 27 on me fait des radios et on ne trouve pas les éclats de mitraille (blessure du dos). D’après le Dr Roca, ils sont peut-être parti avec la supuration des plaies.
Le 2 mai, reçu lettre de Ramon Figueres, j’ai une angine.
Je lui répond le 3 à l’Hôpital Monzeu (?) . Visite de Enriqueta qui revient le 4. Je n’ai plus d’angine.
Le 8 au dispensaire pour l’oreille, je vais manger chez les cousins.
le 12 je sors chez les cousins.
le 14 je vais chez Dualdo (jusqu’au 31 mai, il peut sortir plusieurs fois)
Le 1er juin, je suis évacué en train vers l’hôpital militaire de l’Académie Générale de Saragosse où j’arrive le 2. Je suis à la salle 16, lit 80. Discipline stricte mais nourriture meilleure qu’à Barcelone.
Le 7 juin, je commence à travailler comme menuisier au salaire de 150 ptas. On est une douzaine à travailler pour un dépôt de munitions. ( à partir de ce moment-là, Jaume, qui est prisonnier, va tout faire pour obtenir certaines libertés, et se rapprocher de la frontière française en vue d’une évasion).
Le 11, on me donne des espadrilles et un pantalon.
le 23, reçu une lettre de ma femme par l’intermédiaire des cousins.
le 17 juillet, par ordre du directeur, on arrête les travaux de la poudrière.
Le 18 on nous envoie au camp de concentration de Sant Firmin. Je fais une déposition et on me place à la salle 41 destinée à ceux qui doivent aller dans les bataillons de travailleurs.
Le 27 , 150 hommes vont au bataillon de Belchite (près de Huesca). Le sergent-chef me désigne pour la menuiserie en remplacement des partants.
le 9 aout je sors avec le sergent-chef pour changer des meubles à Saragosse.
le 12 reçu lettre de ma femme du 4/8/39.
le 18, visite d’Enriqueta avec Maria Olivella qui habite à Sarragosse, avec des lettres de ma femmme, de l’argent et des fruits .
(depuis qu’il est là, il écrit beaucoup, femme, famille, amis, et reçoit normalement des réponses)
Le 23, je m’inscris sur une liste pour aller en bataillon de travailleurs. On part à 14 h à pied vers Sarragosse puis en train jusqu’à Calatayut.
Arrivés à 22h, on dort dans un théatre.
Le 24 aout, je suis enrôlé dans le bataillon de travailleurs 117 de Calatayut.C’est un bataillon d’intendance, et il parait qu’on y est pas mal.
(Il n’est plus très loin de la frontière. Entre temps, en septembre, la guerre est déclarée en France contre l’Allemagne )
........... le 21 novembre, le bataillon est dissoud, on est versé au 107, 2ème compagnie.
le 24 on part de Calatayut en train pour Riera del Bidassoa où se forme une caserne.
Le 1er décembre, on monte sur la montagne qui touche la frontière où on va faire les constructions.
Le temps est très mauvais.
le 4 je commence à aller à la menuiserie du village pour travailler pour le lieutenant et la compagnie. Certains du bataillon passent en France.
Le 6 décembre 1939, au matin, j’ai passé la frontière. Je suis arrêté par des carabiniers français qui me conduisent à St Jean de Luz où je retrouve d’autres fugitifs de mon bataillon. Après diner et déposition,on nous emmène à Bayonne où on nous enrôle dans la Légion Etrangère (en fait ça ne se fera pas tout de suite).
Le 8 on reçoit d’autres évadés, on est déjà 30. On mange bien,et pour l’instant on fait du nettoyage.
J’ai beaucoup écris : le 11 je reçois un télégramme de ma femme, puis une lettre tous les jours avec des mandats.
Le 19 je demande à ma femme un certificat pour obtenir une permission.
le 23 je commence à travailler à la cuisine de la caserne.
le 27 j’ai le certificat, je demande un permis pour aller à Morez.
Le 22 janvier 1940, je suis toujours aux cuisines. On donne l’ordre à tous les espagnols militaires de se tenir prêts à partir le lendemain.
Le 23 janvier, on part à 6h avec 36 autres espagnols,via Pau, Oloron Ste Marie, puis par camions au camp de Gurs. C’est un camp très grand, il reste seulement 5000 des brigades internationales ou invalides espagnols.
Le 26 On s’ennuie, la nourriture est rare, bien que nous recevions plus de vin et de pain que les autres.
Le 39 je m’achète un stylo et un rasoir-couteau pour 21 f.
Le 30 on travaille aux corvées à tour de rôle.
Le 3 février je demande du travail dans mon métier.
Le 6 la moitié de ceux de la barraque vont à l’îlot F comme volontaires pour la Légion.
Restent 16, et je dois rester pour faire la cuisine. Je reçois une lettre de ma femme que je dois payer 2 f. (c’est la 1ère fois qu’il doit payer alors qu’il reçoit du courrier tous les jours, il paiera même le double pour une autre lettre le surlendemain).
Le 12 Toujours aux cuisines. Un ami nous apprend la grammaire française.
Le 13, reçu lettre de ma femme annonçant le décès de la petite Moureaux. J’envoie une lettre de condoléances en français.
Le 15 on m’appelle pour confirmer mon accord pour la Légion Etrangère. pour la durée de la campagne (la guerre a été déclarée en septembre 1939)
Le 16, je passe à l’îlot F, barraque 3.
Le 21 février 1940, on signe les contrats d’engagement pour la Légion. Le même jour, ils demandent des volontaires pour aller en Finlande. Certains s’inscrivent et pour cela on retarde notre départ.
Le 22 février au matin, je reçois un mandat de 100 f de ma femme. à 11h on part pour Oloron en train : Pau, Lourdes, Tarbes, Toulouse, Carcassonne, Avignon, puis Valence, à 8h le 23/2. On attend à la gare de Valence et on repart à 15h via Vienne, Lyon et.......(?).
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Arrivée à Sathonay à 21 h. le 23/2/1940
24/2 visite médicale et fiches de police. J’essaie d’avoir un permis mais ça semble difficile.
(Jaume est à moins de 140 km de sa femme et de son fils)
25/2 on fait des corvées, le soir on peut se promener.
26/2 On est incorporés à la 21 ème compagnie de transmissions.
27 et 28/2 le medecin qui devait m’obtenir un permis n’a rien pu faire (pour aller à Morez)
29/2 On part à 2h du matin en car puis en train de Lyon à Marseille. Arrivés à 11h au chateau (Fort StJean) où on est vraiment traités comme des légionnaires.
1/3 Toujours au fort. La moitié a déja embarqué . On a été payés pour 4 jours.
2/3 Après des travaux de nettoyage, on déjeune à 9h1/2 et on embarque sur le Sidi-Brahim qui part à mi-après midi.
3/3 On passe en vue de Mallorca. La mer bouge.
4/3 Arrivée à Oran, vers la caserne dépôt, travaux de nettoyage, puis à la gare pour prendre le train à minuit.
5/3 Arrivée à Sidi Bel Abbès, caserne dépôt 2 . On nous paye 2 jours de plus.
6,7,8/3 on nous habille, visites médicales, vaccins, corvées.
10/3 C’est dimache on ne travaille pas. On prend les repas plus tôt pour ceux qui sortent en permission. On nous a fait vendre tous nos vêtements civils et les valises.
11/3 Je suis affecté au 1 er Régiment d’Infanterie Etrangère.
12/3 On nous paie 7 jours : 350 f. Je suis à la 2ème compagnie, 2ème section Adjudant chef Muller, Sergent chef Bellami.
13/3 On nous équipe complètement et on apprend à ranger notre paquetage.
14/3 On commence nos classes. J’ai demandé un certificat de présence. Le courrier arrive.
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01 avril 1940 On perçoit 26 f pour les jours passés à la compagnie plus 0,9 f /jour pour indemnité tabac.
dimanche 3/4 je suis garde chambre. on a fait un exercice de tir à 8 km d’ici.
16/4 Il y a eu beaucoup de départs. on perçoit 21 f pour la quinzaine.
22/4 On a rendu notre paquetage, gardant seulement ce que nous portons sur nous. Préparation au départ pour le Maroc.
28/4 On n’est toujours ici. On a assisté à une pièce de théatre par les légionnaires
29/4 paie de la 2ème quinz. d’avril 21 f. Le soir il y a un défilé pour commencer la fête de la Légion. demain matin nous partons pour Marrakech.
30/4 fête de la Légion, on se prépare à partir avec nos provisions . On part par train à 9h.
On passe par Tubia, Descartes, Lamoricière,Tlemcen,Turenne,Sidi-Medjahed,Marnia,Zoudi el Beghal, Oujda (frontière) On passe la nuit à la gare.
01/5 On repart. Naïma, El Aioun, Taourirt, Msiri, Taza, puis Fes à 1h. On continue avec la ligne électrifiée.
02/5 Meknès,Petit-Jean, Sidi Slimane, Port Lyautey, Salé Rabat,près de la côte jusqu’à Casablanca, on mange froid, puis Marrakech
03/5 Arrivée au camp Mangin. On nous donne un paquetage.
....13/5 On reprend l’instruction. J’ai travaillé quelques jours à l’atelier.
18/5 En sortant de la garde, je me présente au commandant avec les autres aspirants musiciens.
20/5 Début de l’entrainement musique.
29/5 Suite à un petit incident avec un caporal chef, j’ai 8 jours de salle de police.
30/5 On est 11 au poste de police. L’après-midi je continue à aller à la “clique” pour apprendre le tambour.
18-19 juin 1940 On apprend que les allemands sont à Paris et qu’ils attaquent du coté du Jura.
20 au 25/6 Nous sommes à Ouarzazate. Le gouvernement a signé l’armistice, c’est jour de deuil national
30/6 beaucoup de commentaires sur l’armistice et la démobilisation.
....6/7 On apprend l’agression de la flotte anglaise contre la française à Oran et Mers el Kébir.
...14 juillet 1940 Fête nationale, on la célèbre avec le drapeau en berne et un défilé silencieux au cimetière
...03 aout Toutes mes lettre à ma femme me reviennent car elle est en zone occupée. On peut écrire seulement par carte postale.
....15/8 Tous les engagés pour la durée de la guerre ont été contactés. Il semble qu’on pourrait être liberés bientôt.
....24/8 On a déjà rendu le paquetage, en attendant la démobilisation. J’écris à ma femme chez Moureaux à Prémanon qui est en zone libre.
...13 septembre On est de retour au camp Mangin. Je commence à travailler à la menuiserie.
....15/9 Tous les D.de G. (durée de la guerre) sont réunis.
....21/9 Liste des démobilisés. On va dans des groupes de travailleurs, je suis affecté au n° 9. Revue du colonel comme adieu à la Légion, mais il semble que l’on continuera à être militaires.
....24/9 rien de nouveau, je vais à l’infirmerie où on m’hospitalise.
....6/10 Toujours à l’infirmerie, mais je travaille à l’atelier.
10/10 idem, mes boutons ont presque disparus. Mon groupe est parti de Ram-Ram pour la région de Casablanca.
.....22/10 Je commence à travailler à la menuiserie.
.....8/11 On part pour Casablanca.
9/11 Je suis avec mon groupe, affecté à la menuiserie de Mediouna. On m’a payé mais on a deduit les jours passés à l’infirmerie.
15-16/11 Ils ont récuperé les ceintures de toile blanche, comme moi, d’autres les avaient perdues ou on leur avait volé. Ils ne nous ont pas payé la quinzaine à cause de ça.
20-21/11 Il n’y a ni outils ni travail de menuisier alors on m’a mis à la pelle et à la pioche.
02/12 A 4 h du matin, on part de Mediouna à pied vers Casa, et en train on va à Salé où on passe la nuit.
04/12 Sortant de Salé à pied on prend la route de Meknès jusqu’au km 22, à Camp Monod où on fait notre campement. En chemin il y a des incidents entre espagnols et allemands.
05-06/12 Installation dans des guitounes. Je fais mon travail de menuisier.
07-08/12/1940 Des gendarmes viennent chercher 3 espagnols accusés. Avec Belard, on passe l’après-midi chez le catalan. (il s’agit de la famille Ardebol)
21/12 Suite à une dispute,j’en ai fini avec la cuisine.
23/12 On commence à travailler sur la route.
24/12 On ne travaille pas. Avec des copains on mange des lapins chassés dimanche.
31/12 Dans le groupe il y a des saouleries et des vols.
01/01/1941 On étrenne le ballon de foot acheté par le capitaine.04/1 Avec Belard on est en permission à Rabat, et on visite la ville.
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