mardi 12 août 2008

Traduction littérale (ou presque) des notes prises en catalan par Remei Campamà épouse Miret lors de son passage en France avec son fils Jordi.

(Les notes en italique sont des commentaires du traducteur)

Le soulèvement fasciste contre la République espagnole date du 18 juillet 1936. Jaume Miret est mobilisé peu après.
En janvier 1939, les troupes franquistes atteignent la Catalogne. De nombreux réfugiés des provinces du sud continuent leur fuite vers le nord, accompagnés de catalans qui refusent le joug fasciste.
Remei est l’une des principales responsables de la Collectivité de Ferran (Coopérative de Sant Pere). Cette Collectivité a réquisitionné les exploitations agricoles des propriétaires qui ont rejoint les forces de Franco. En fin 1938, ou début janvier 1939, en concertation avec Jaume qui passe quelques heures à Sant Pere (il arrive de Valence par bateau pour participer à la défense de Barcelone), Remei envisage de partir vers la frontière pour échapper à l’avancée de l’ennemi. Elle se met en route avec de nombreux autres dont Céline (Célestina Colet) et sa famille, vers le 10 janvier. Le voyage se fait à pied, les bagages, matelas, couvertures, etc.. sont transportés par charrettes à cheval. La colonne reste quelques jours dans la banlieue de Barcelone, chez des parents de Céline, en attendant l’éventualité d’un arrêt de la progression des fascistes. Malheureusement, les informations sont très pessimistes, et la colonne repart vers le nord. A Cardedeu, l’aviation attaque la colonne qui se disperse dans les bois. Les mitraillages et le bombardement ne font semble-t-il que quelques blessés. Il semble ensuite qu’il y ait une volonté de semer la panique, et de désorganiser la colonne, et à plusieurs reprises des avions se font menaçants sans bombarder.
Après plus de quinze jours de voyage au total, Remei arrive parmi les premières à la Junquera, probablement le 30 ou le 31 janvier, avec Jordi dans ses bras (Céline la relaie de temps en temps).
La Gouvernement français déclare l’ouverture des frontières aux réfugiés à partir du 28 janvier 1939, mais en réalité, Remei et les autres réfugiées doivent attendre le 2 février pour passer le Perthus, après s’être présentées à la frontière qui restait fermée les 31 janvier et 1er février. Seules les femmes et garçons de moins de 14 ans sont autorisés à entrer en France. C’est Remei qui est chargée d’établir la liste des personnes de son groupe avant passage de la frontière. Les seuls bagages autorisés ne contiennent que du linge de corps et une ou 2 couvertures. Remei et les autres femmes s’enroulent des pièces de tissus autour du corps. La monnaie espagnole n’a plus aucune valeur. Remei ne possède plus rien, elle va entrer dans un pays dont elle ne connait rien.
.. Elle ignore que son mari Jaume a été blessé à Barcelone le 25 janvier 1939 (jour de la chute de Barcelone) et qu’il est prisonnier des troupes franquistes. Elle n'a pas encore 26 ans, Jaume a 29 ans, ils se sont mariés le 1er avril 1934, Jordi a 3 ans 1/2. Ils ne se retrouveront que 7 ans plus tard, 21 février 1946 à Rabat


02 /02/1939 Après avoir fait la queue pendant toute la journée à la Junquera, on réussi à partir à 2 heures du matin vers la France : très bien organisé avec des camions, on fait l'évacuation de ceux qui veulent fuir des griffes du fascisme envahisseur. J'ai beaucoup de peine en pensant à ceux qui restent mais j'ai confiance, ce sera pour peu de temps. Notre fils Jordi Llibert est très content pour l'instant parce qu'il sait qu'il pourra avoir du chocolat, mais il a aussi pleuré quand il a su qu'il ne verrait pas encore son papa. Vivement que l'on puisse se retrouver pour toujours.
3/2/1939
J'ai eu une mauvaise impression en arrivant car avec les gendarmes de la frontière, il y avait des noirs avec des anneaux dans le nez, et autres anomalies qui ne me plaisent pas (cela lui rappelle les troupes arabes de Franco). Après cela on fait une heure de voyage avec plusieurs arrêts pour savoir si il y avait des hommes avec nous. Beaucoup de descentes et de virages, certaines ont des malaises. Près de la ville où nous devions aller et dont je n'ai pas pu comprendre le nom (Le Boulou ?) parce qu’on nous a amené directement à la gare, j'ai vu le plus beau pont moderne que j'aie vu jusqu'à maintenant. Dans le train on a essayé de dormir mais il faisait très froid, et on n'est parti qu'à midi. Là a commencé notre "enchantement" pour les merveilles que l'on voyait; Le premier village trouvé s'appelle Banyuls d'Aspres où beaucoup nous attendaient chargés de pain, chocolat et oranges. Moi qui pensait que le Penedès était une très grande plaine, on a roulé pendant 2 heures sans voir autre chose que vignes et champs, et aussi beaucoup d'eau, mais il me semble que la terre n'est pas des meilleures.
J'ai vu quelques hommes qui taillaient les ceps. Après 2 heures, ça m'a semblé encore mieux, nous étions sur la cote et nous avions l'eau à nos pieds. Par endroits, il n'y avait que le passage pour le train, avec de l'eau des 2 cotés. Des gares où nous sommes passés, je ne me souviens que de Broville (Brouilla), Elne, Perpignan, Sortie(!), Narbonne, Beziers, Sête-Ville, Tratignan, Buvette(!), Nimes, Tarascon, Valence, Chase sur Rhône, Broteaux, Sortie, Bellignit, Oyonnax, Dortan, Lavernes, Luprenes, Saint Claude et à la fin Morez du Jura où on est arrivés à midi. C'est l'endroit où on nous a laissés à près de 12 km de la frontière suisse, parce que tout est couvert de neige. Il fait très froid, mais le panorama ne peut pas être plus beau. Il y avait beaucoup de monde pour nous attendre et nous accompagner au réfectoire où on nous a donné de la purée qui nous a réchauffé l'estomac, et d'autres plats de goût français qui nous ont bien plu. L'après-midi, on nous a vaccinés. Le dîner était bon et pour dormir nous sommes allés dans une salle de gymnastique. En guise de matelas, nous avons de la paille, mais patience, nous nous habituons à tout, et de plus personne n'était prévenu de notre arrivée si rapide, et ils pensaient pouvoir s'organiser petit à petit. Il faut remarquer aussi la sympathie de toutes les femmes et de tous les hommes pour nos enfants qu'ils prennent dans leurs bras et qu'ils couvrent de baisers en leur donnant des bonbons. C'est une grande peine pour nous de ne pas pouvoir se comprendre, mais on y arrive avec beaucoup de volonté.
Samedi 4/2/1939
Cette nuit s’est déroulée parfaitement, ce sont mes compagnes qui nous ont réveillés pour le déjeuner, il y avait du café au lait, puis à du potage pour midi. Arrivent des personnes chargées de linge et de friandises pour les enfants qui apprécient ! On a pu se laver, on en avait besoin. Si on veut, on peut aller à la mairie pour avoir des vêtements et des bottes pour la neige, c'est à dire que nous sommes très reconnaissants de l'accueil que l'on nous a fait. J'ai écrit à mes parents.
5/2/1939
Rien de spécial, j'ai écrit à ma belle-soeur, à mon mari, Maria Torns et Aurélia Ballesteros. Mon plus grand plaisir aujourd'hui a été de pouvoir me doucher. Comme c'est dimanche, les enfants ont encore été gâtés par les hommes et femmes qui viennent nous voir avec des friandises.
6/2/1939
Rien de neuf mais mon fils semble indisposé. Je pense que c'est dû à la différence de climat et de tout ce qu'on lui a donné. Si cette nuit ça ne va pas mieux, je verrai un médecin demain. Cette nuit, il ne dormira pas sur la paille car on lui a apporté un berceau.
7/2/1939
Cette nuit le petit a encore vomi, j'ai vu le médecin . Avec une purge ça ira mieux mais comme je n'ai pas de francs pour payer, le médecin me fait un papier pour la pharmacie. L'après-midi ça allait mieux.
........16/3/1939
37 jours après la dernière note, et je peux dire que ce sont les plus amères de mon existence.
Le 8/2, nous étions indisposés tous les 2 avec beaucoup de fièvre. On nous a transportés à l'hôpital où nous sommes encore. Des premiers 8 jours, je ne peux dire que peu de choses car d'après ce que l'on me dit, j'ai été très malade et je ne me rendais compte de rien, ce fut comme une grosse grippe, ou plutôt une"gastroa tifulosa" et j'ai eu énormément de fièvre jusqu'à ce que je saigne beaucoup du nez, j'avais plus de 40° tous les jours d'après ce que je vois sur le papier que les soeurs mettent à jour. Passé cela, commence pour moi, le "mal être" car le docteur m'annonce que mon fils a une pneumonie au 7èmè jour; j'ai passé une nuit de terrible angoisse, pensant perdre mon cher fils d'un moment à l'autre. Mais par chance, le matin il n'avait plus de fièvre. On a passé 2 ou 3 jours tranquilles quand d'un seul coup la fièvre remonte très haut, le médecin ne comprend plus, il pense que c'est toujours une indisposition stomacale qui durerait encore 2 jours. En fait, il s'agissait d'une "gastrique" des plus cruelles. Il a passé 12 jours entre la vie et la mort, ça m'a semblé une éternité, je n'ai jamais pu dormir ni de nuit ni de jour. Pendant ces 12 jours rien n'est passé par sa bouche autre que de l'eau bouillie, et encore même cela ne passait pas. Ma plus grande crainte c'est que sa faiblesse l’empêche de résister longtemps alors qu'on le nourrissait par sérums et injections ainsi que des lavements. Maintenant on me dit qu'il est hors de danger, je ne me fais pas d'illusions mais je vois qu'il va mieux car chaque jour la température baisse de 2 ou 3 dixièmes et qu'il mange un peu. Aujourd'hui on lui a fait une autre prise de sang.
18/03/1939
Mon fils a moins de fièvre mais je ne suis pas rassurée, car tant qu'il avait beaucoup de fièvre il résistait alors que maintenant il semble abattu, je crains que son coeur ne résiste pas, et que je me réveille un jour dans le malheur comme c'est arrivé, il y a peu, à une amie ici même.
Ce jour, voyant que mes parents ne répondent pas à ma 1ère lettre, j'ai décidé d'écrire à nouveau mais sans leur dire de ce qui m'est arrivé, ils ont assez de peine sans cela.
Les résultats de l'analyse de sang sont satisfaisants.
21/03/1939
Comme je le craignais, cette nuit, si j'avais dormi j'aurais perdu notre fils. Je me suis rendu compte que son pouls s'arrêtait souvent. J'ai appelé la soeur qui lui a fait une injection. Il était 2 heures du matin. Il était assez tranquille. vers 3 heures il a perdu connaissance et nous n'avions plus d'espoir de le sauver. On lui a fait deux piqûres de plus et 250 g de sérum, et au bout d'un moment il est revenu à lui. L'attente était insupportable et j'ai encore une grande angoisse parce que le médecin ne me donne pas d’espérance et je crains que cette nuit il arrive la même chose. On lui a fait une prise de sang au doigt. Il est dans un état d'anémie très prononcé. Trois médecins sont venus le voir.
22/03/1939
Cette nuit comme je le craignais, il s'est produit la même chose, mais un peu moins grave. Je suis lasse et désespérée de passer des nuits aussi tristes sur un lit d’hôpital, loin de la famille que j'aime tant et principalement de mon cher compagnon qui aime tant son fils. Quelle tristesse si je devais le perdre et devoir annoncer à son père une nouvelle aussi dramatique. Mais j'écris et je ne sais pas comment ni pourquoi. Est-ce que je pourrai un jour savoir où il est ? Est ce que j'aurai de ses nouvelles ? Est-il vivant ? Il se trouve ici ou il est prisonnier ? En pensant à tout ça, je voudrais m'endormir et ne plus me réveiller, et il faudrait en plus dire du bien des fascistes ? Qu'ils soient maudits pour l'éternité pour avoir causé tant de malheurs.
24/03/1939
Il semble que mon fils va mieux, mais j'ai eu tellement de déceptions que je ne crois plus à rien. On continu à le piquer beaucoup et grâce à ça il résiste car par voix buccale il ne prend rien. Quant à moi, je suis aussi malade mais je ne dis rien car je vois bien que c'est à cause de la fatigue et du manque de sommeil. Je passe les jours et les nuits à lui tenir le pouls, et quand il perd plusieurs pulsations à la suite, ils lui font des piqûres d'huile camphrée. Il a eu la visite de 2 médecins qui le trouvent un peu mieux.
26/03/1939
Mes pressentiments ne me trompent pas, car aujourd'hui il m'est arrivé ce que j'appréhendais depuis plusieurs jours, et qui devenait inévitable, avec les bonnes soeurs. Elles m'ont demandé si le petit était baptisé. Je n'ai pas voulu mentir et j'ai répondu "non" fraîchement.. L'interprète me dit qu'il pourrait être baptisé maintenant, en profitant du passage d'un curé qui vient pour un autre enfant. Alors je me lève, et je lui dit que tant mon époux que moi-même, voulons que notre fils soit libre de décider, et que ce que nous n'avons pas fait ensemble, avant, je ne le ferais pas seule. Suite à cela, je ne suis pas sûre qu'ils auront la même considération pour nous et si c'est le cas je prendrai d'autres déterminations. (en fait les médecins craignaient une issue fatale et en avaient averti le curé !)
28/03/1939
Aujourd'hui part pour Montpellier ma compagne Pilar Perez et son fils. Ca m'a fait de la peine car elle était de celles en qui j'avais confiance. Le petit va mieux et il a un peu plus d'appétit, mais il faut lui donner au compte goutte car il est très délicat et une indigestion pourrait lui faire beaucoup de mal.
1er avril 1939 ( c'est son 5ème anniversaire de mariage)
La maladie continue son cours, mois bien que les jours passés. Il a plus de fièvre et je suis désorientée. Je perds presque la patience. Le médecin voulait faire encore une prise de sang, mais finalement il attendra demain. Aujourd'hui j'ai répondu à Pilar et j'ai écrit au Centre des réfugiés à Paris pour avoir des nouvelles de mon mari, frères et beaux frères, ainsi que des 5 fils et la belle-mère de ma compagne Remei Moreno qui est avec moi à l’hôpital.
2/04/1939 (fin de la guerre d'Espagne)
Comme la fièvre est encore montée le médecin a décidé de faire une prise de sang.
6/04/1939
J'ai eu une très forte désillusion avec les résultats d'analyses. Il a le typhus., et comme c'est contagieux, il faudra que je choisisse entre la salle des infectieux ou bien dans un hôpital à 100 km d'ici, à Dôle. Après avoir beaucoup pleuré, j'ai demandé à rester ici, car le médecin connaît la nature du petit, et j'ai plus confiance en eux après 2 mois de séjour. Ils me disent qu'il est hors de danger mais que les microbes dureront encore 3 semaines de sorte que je vais dans la salle où il y a déjà les Alaris (mère et fille) qui on la même maladie ainsi que la Pepeta Sopès.
7/04/1939
On est bien dans cette salle qui ressemble à une chambre de maison particulière. Avec nous il y a aussi celle qui sert d'interprète et qui a soigné les Alaris qui étaient gravement malades. La fièvre a un peu baissé et le médecin lui a inspecté les oreilles car au réveil il en sortait beaucoup de pus . Il y avait un abcès , mais il ne se plaignait pas de la douleur. C'était probablement aussi la cause de la fièvre de ces derniers jours. Il a aussi une grosseur à la cuisse qui ne me plait pas du tout bien que l'on me dise que c'est peut-être dû au multiples piqûres faites à cet endroit.
Pour couronner la journée, on m'a présenté un curé qui parle espagnol, avec l'intention de vouloir me convaincre pour la proposition de l'autre jour.. Mais moi sereine, je lui répondu comme l'autre jour, devant la Supérieure et le curé du village. Mais le "capro" (cornard, enfoiré!), avait envie d'exiger et au bout d'un moment, il me dit " que si l'état de mon fils s'aggravait, j'aurais l'obligation de le faire comme une oeuvre de charité pour qu'il puisse aller au ciel" . Très en colère, je lui ai répondu qu'il était maître de ses affaires et moi de celles de mon fils et que tant que j'aurais la raison il se ferait selon mes voeux et non ceux des autres. La Violetta aussi lui a répondu violemment, qu'une personne bien élevée ne pouvait pas avoir l'insolence de dire à une mère que son fils va très mal alors que manifestement il va mieux. Toujours est-il que l'autre est parti très pressé sans même demander aux Alaris si ils voulaient se confesser, en disant qu'il était en retard et qu'il reviendrait un autre jour.
8/04/1939
Je craignais que ça ne continuerait pas mieux pour notre fils, il semble qu'il ait vocation à souffrir physiquement et moi moralement. Quand le médecin est venu, il a dû utiliser le bistouri pour ouvrir l'abcès à la cuisse en faisant sortir beaucoup de pus. Le petit semble plus tranquille et surtout il a très faim. Moi, j'ai une seconde crise de foie mais il semble que ce ne sera rien.
9/04/1939
Le "sympathique galant" est revenu, mais à moi il n'a eu le courage que de me dire "bonjour". Il était persuadé de confesser les Alaris, mais, celles-ci se sentant mieux elles l'ont refusé. Je suis contente, il n'a convaincu personne dans l’hôpital, parmi les espagnoles. Le petit va mieux.
10/04/1939
Le temps ne passe pas vite. J'ai toujours la préoccupation de n'avoir aucune nouvelle de la famille et d'être enfermée depuis si longtemps sans être touchée par le soleil ni prendre l'air. Il n'y a plus de neige. Il fait dehors un temps splendide. Pour passer le temps,on travaille avec Violetta pour les autres. Pour l'instant on a commencé 3 chemises, je les couds et elle les brode, et ensuite on partagera. Le petit est pareil, on a dû lui ouvrir encore l'abcès.
12/04/1939
Les Alaris ont reçu une lettre de leur fille qui est à Vilafranca. Ca me donne une mauvaise impression, je crois qu'ils sont obligés de dire ce qu'ils ne veulent pas. Elle fini par dire qu'il n'y a rien en ville et que si elles trouvent du travail ici il vaut mieux qu'elles y restent. Ca montre que là-bas, on n'attache pas les chiens avec des saucisses. J'ai maintenant l'espoir de recevoir des nouvelles moi aussi. Jordi va bien avec beaucoup d'appétit.
13/04/1939
J'ai eu une lettre de Pilar qui dit avoir écrit à plusieurs camps dont elle avait l'adresse, pour demander des nouvelles de mon mari. Tous lui répondent ne pas connaître ce nom, mais il ne faut pas désespérer parce qu'il peut être ailleurs, ils sont de nombreux milliers. Je crains qu'il ne soit resté en Espagne. Rien de neuf si ce n'est que je me fâche avec mon fils qui ne dit pas d'autre chose que" maman j'ai faim" et tout lui va bien. Il a mangé un peu de pain et un petit bout de viande qui l'a rendu très content.
14/04/1939
J'ai passé une journée très dure pour les nerfs, à cause du petit qui n'est content que lorsque il voit la "bouffe". Je crois qu'il souffre de son abcès et le pus coule de ses oreilles, et il doit être fatigué de rester couché. Le médecin n'est pas passé, et j'ai confiance qu'en venant demain il me donnera la permission de le lever un peu. Les soeurs ont donné une boite de biscuits au petit, ce qui montre qu'elles l'apprécient. La Maria "Ponis" a reçu une lettre de sa belle-soeur de Cases Roiges, disant qu'ils vont bien et qu'elle a des nouvelles de son mari, mais sans dire où il est, elle donne aussi la nouvelle du décès du bon camarade Eloi le 4 février et que la Pepeta vit avec ses parents. Cette lettre est écrite le 4 de ce mois et elle dit qu'elle a reçu la notre la veille, c'est à dire que la lettre a mis 2 mois. Ca me donne confiance de recevoir des nouvelles de ma famille et par eux, des nouvelles de mon mari.
15/04/1939 ( jour anniversaire de ses 26 ans)
Le petit semble être plus tranquille, le médecin ayant accepté que je le porte un peu sur mes genoux, ce qui lui a été très agréable, mais il a continué à pleurer de faim en permanence. Avant de souper il a vomi, ce qui montre que son estomac n'est pas redevenu normal, mais pour le moment son souper a l'air de passer. D'après une lettre qu'ont reçues mes camarades, Vicens Jaulin et autres se trouvent en Espagne et je crois que ce n'est pas volontairement, cela m'angoisse pour les miens.
16/04/1939
Je suis contente d'avoir pu habiller mon fils. Il a essayé de marcher un peu, mais en tout il n'a pas fait plus de 10 pas, et encore comme il a dit lui-même "je crois que je suis saoul" (en catalan) . J'ai pleuré de joie en pensant qu'il y a peu j'avais perdu l'espoir de le revoir ainsi. Tous les visiteurs qui sont passés ont été heureux de voir le changement en peu de jours. Dès qu'il a fini de manger, il voudrait recommencer, en fait je dois toujours avoir quelque chose à lui donner ne je ne veux pas l'entendre pleurer
17/04/1939
Comme hier, le petit s'est levé avec de l'appétit et il a envie de jouer. Il va donc mieux. La Lliberata a reçu une lettre de ses parents de S.Quine, elle dit qu'ils vont bien. Bastardas en a reçu aussi de sa mère disant pareil. J'espère en recevoir bientôt aussi. J'ai écrit à Pilar.
18/04/1939
La lettre tant espérée est enfin arrivée mais elle ne m'a pas donné les bonnes nouvelles que j’espérais. Mon mari est blessé à Barcelone et cela m'a causé une grande crainte car je suppose que c'est plus grave que ce qui est dit. J'ai répondu en demandant qu'on me dise la vérité même si elle est cruelle. Ma soeur m'annonce aussi la mort de Miquelin Mercader et de Manelli Fabre, ces morts m'affectent beaucoup. Le petit continue bien. J'écris à mes parents.
20/04/1939
J'ai reçu une lettre de ma soeur. Elle est à Barcelone pour voir mon mari mais elle ne donne pas de détails. D'après ce qu'elle dit, je déduis qu'il m'a écrit et que je n'ai rien reçu à cause du courrier. Cette lettre est datée du 16 et elle évoque une autre lettre de mon frère que je n'ai pas reçue non plus. Le petit va bien.
23/041939
La lettre de Manel est enfin arrivée mais lui non plus ne dit rien sur mon mari, je voudrais répondre mais j'attendrai une paire de jours pour voir si je reçois d'autres nouvelles
25/04/1939
Reçu lettre de Pilar, la pauvre sait que son mari est en prison, elle doit se faire du souci. J'ai écrit à mes parents, à Ramon Bossa et dans cette lettre quelques mots pour mon mari. On me dit que mon fils va bien et que je pourrai sortir de l’hôpital. Je le ferai demain si il fait beau.
26/04/1939
Contrairement à ce qui m'a été dit hier, je ne sors pas de l’hôpital. Le médecin dit que mon fils a quelque chose comme une "entérite", il n'est donc pas encore guéri.
27/04/1939
J'ai été heureuse pour ma camarade Remei Moreno qui ne savait rien de ses 5 fils et de sa belle-mère. Son mari lui a écrit de Madrid et dit qu'ils sont tous à Marseille chez une nièce Le petit continue pareil.
28/04/1939
Rien de particulier, j'ai encore eu le déception chaque jour plus forte de ne rien recevoir de mon mari. On verra demain si j'ai plus de chance. Après quelques jours de beau temps, il a neigé, ce qui normal dans cette région.
31/04/1939
Les jours 29 et 30 n'ont rien apporté de neuf, il ne fait pas beau juste quand mon fils pourrait sortir un moment au soleil, il pleut tous les jours. Ma camarade Paquita a apporté un paquet de biscuits et une banane à Jordi, Violeta lui en a apporté 2 et quelques douceurs, qu'il distribue gentiment à tous ceux qui sont dans la salle, gagnant ainsi l'estime de nos voisins!
01/05/39
C'est jour de foire dans ce village, c'est assez beau, et le soleil est de la fête, on en a profité pour faire la première sortie de Jordi, et en même temps on a pu connaître un peu la ville. Je peux dire que chaque jour, ce pays me plait davantage. Il est très étroit et très long avec une seule grande rue, et à coté la rivière. C'est le long de cette rue que l'on installe les étalages de toutes sortes : alimentation, habits, sacs, vaisselle, ustensiles de cuisine. Il ne me manquait que les francs pour avoir le plaisir d'acheter quelque chose. Et encore merci à un confiseur, qui voyant que nous sommes espagnols a donné au petit des bonbons et des biscuits. En résumé on a passé une bonne journée.
02/05/39
Il fait encore beau, on a pu sortir puis il s'est remis à pleuvoir. L'Angeles a offert une pièce de 5 francs à Jordi.
03/05/39
Il a plu toute la journée, on n'a pas pu sortir, aussi entre le temps et le fait de ne rien recevoir de mon compagnon, je suis très nerveuse mais j'espère que ce ne sera rien. La Supérieure, qui, comme les autres soeurs a beaucoup de sympathie pour mon fils, lui a offert une petite écharpe et un gâteau, ce dont nous lui sommes très reconnaissants;
04/05/39
En me réveillant, j'ai eu une surprise, mon fils m'a dit qu'il avait rêvé que Madame Simone Gossé était morte, je n'y ai pas attaché d'importance, mais en sortant de la chambre, j'ai su que c'était vrai! Ca nous a beaucoup touché car cette dame se faisait très agréable pour tous ceux qui la connaissaient. Il pleut. La Supérieure a offert des bonbons à Jordi.
05/05/39
Il semble que les soeurs nous aiment bien, la Supérieure est venue pour me donner 15 francs pour faire nettoyer le manteau du petit, inutile de dire à quel point je lui suis reconnaissante. Avec la Remedios, on est descendu à la morgue pour tenir compagnie à la défunte que l'on enterre demain.
06/05/39
On peut dire que l'on m'annonce des choses pendant mon sommeil : il y a 4 jours une voix me disait "rappelle-toi du n° 39", je n'y ai pas fait attention et aujourd'hui j'ai appris que ce numéro avait gagné 1 million de francs. Je ne suis pas destinée à m'enrichir. On a enterré Madame Simone, il y a eu une grande manifestation de deuil du fait des sympathies que tous témoignaient à cette dame. Il y avait son mari, sa mère et sa belle-mère, très éprouvés. Jordi est sorti un peu au jardin, le soir il a plu.
07/05/39
ce dimanche s'est déroulé normalement, on est sorti au jardin mais il a plu plusieurs fois, le temps est souvent mauvais ici. Le curé du village est venu et a donné 1 franc à Jordi. La Lliberata lui a aussi donné un gâteau.
08/05/39
On est sorti avec Jordi et Remedios, cela m'a calmé un peu. On a rencontré le mari de Madame Simone Gossé, qui a donné 10 francs à Jordi. Il a plu toute la journée.
10/05/39
Malgré la pluie je suis sortie avec ma bonne compagne Remedios, Jordi et la Violetta pour me faire tirer les cartes par une dame de Morez. Celle-ci m'a dit " je recevrai du courrier avec des sous et une surprise ; mon mari est fidèle ; une famille m'aidera ; j'apprendrai de nombreux décès ; j'ai besoin de beaucoup de force de volonté pour résister à tous les maux qui se présenteront ; il faudra mesurer mes paroles parce qu'il y a des envieux qui me veulent du mal ; je dois garder ce que j'obtiendrai dans cette ville car un jour j'en aurai besoin ; santé pour moi et mon fils ; voyage plus tard et déception à ce moment-là ; je deviendrai plus importante ; mon mari a été prisonnier et il est avec ma famille qui m'aiment tous ; on reconnaît mes mérites ; j'ai des amis qui sont des ennemis ; héritage prévu mais problèmes et procès qui s'arrangeront finalement .
11/05/39
On est retourné à la même maison où la dame nous a offert le thé avec biscuits et m'a donné des choses à coudre, façon de payer pour m'avoir tiré les cartes.Le petit a été content car ils ont une bicyclette et il peut jouer. Il pleut, ça ne pouvait pas manquer.
12/05/39
J'ai profité de la pluie qui nous a empêchée de sortir, pour coudre 5 chemises commencées il y a quelques jours. On ne prend plus la fièvre du petit, ça montre qu'il va mieux.
15/05/1939
J'ai enfin reçu une lettre de mon compagnon avec une lettre de ma soeur. Je suis contente car après le malheur, au moins il va mieux. J'ai écris à mes parents à Barcelone en joignant une lettre pour mon compagnon.
14/05/1939
Malgré que ce soit dimanche, j'ai passé un jour ennuyeux, il pleut toujours et de plus j'ai pu voir l'hypocrisie de certains qui se disent des amis, et qui sont ceux qui ont eu le plus besoin de moi, ils sont allés voir le Maire pour lui dire que le petit allait bien et qu'il n'avait pas besoin de rester à l’hôpital. Le Maire s'est renseigné et le médecin lui a dit qu'il y en avait encore pour quelques jours avant de sortir. A part ça j'ai été déçue de lire dans une lettre de Jaume Llucia, qui dit avoir parlé avec Sadurni Fabregat en partance pour l'Espagne et l'avoir informé de la maladie du petit. Il aura donc sûrement l'occasion de parler avec mon mari, je vais être obligée de lui envoyer une photo pour qu'il n'imagine pas pire.
15/05/39
Tous les jours il faut commencer par la même chose, il a encore plu toute la journée. Je l'ai passé à coudre, et le petit à me mettre en colère.
16/05/39
Le médecin m'annonce que l'on pourra bientôt sortir.
18/05/39
Reçu une lettre de Pilar qui donne des nouvelles d'Espagne. J'ai tout de suite répondu comme aux cousins Mercader et à Maria Raventos. Comme tous les jours, il pleut.
19/05/39
Rien de changé le temps est triste et ma situation l'est aussi, malgré que je sois contente de sortir bientôt, preuve que le petit va bien, mais j'aimerais trouver du travail pour avoir une occupation.
21/05/39
Un dimanche triste. Si il n'y a rien de neuf, on sortira mardi. Les soeurs m'ont offert des vêtements pour mon fils, preuve qu'elles nous apprécient et je leur en suis très reconnaissante.
22/05/39
Le jour s'approche de partir à la montagne et pour ça j'ai été préparer la "chambre". Au retour j'ai eu une déception car on m'a dit que l'on obligerait celles qui ont un compagnon en Espagne à y retourner, et si l'on refuse, on y enverra les enfants, chose que je crois impossible
23/05/39
Après 3 mois et demi d’hôpital on est enfin sortis, et en bonne forme. Les Soeurs ne savaient plus que faire pour nous faire plaisir, elles ont fini par nous offrir un petit lit pour qu'il puisse dormir mieux. Elles pensent que je trouverai vite du travail, c'est ce que je souhaite.
24/05/39
Aujourd'hui comme la nuit passée nous sommes à la montagne, mais moins bien qu'à l’hôpital pour la nourriture, mais je ne peux pas en dire du mal, ils me donnent un bol de lait pour le petit tous les jours. Il a fait beau.
26/05/39
j'étais en train de laver quand une dame est venue me demander si je voulais aller coudre chez elle. J'ai dit oui tout de suite, et on viendra me chercher demain même.Cet après midi j'ai été voir les soeurs qui ont donné une plaque de chocolat au petit, ce qui lui a fait très plaisir. Les jours sont meilleurs mais on ne peut pas sortir sans manteau.
27/05/39
Comme prévu on est venu me chercher à 2 h., j'ai laissé le petit qui dormait, car je ne sais pas si je serai bien, j'ai cousu jusqu'à 71/2 h. et on m'a donné 5 francs, et on me demande de revenir mardi prochain après midi. On m'a aussi donné une veste noire pour moi que je pourrai difficilement mettre et une chemisette pour le petit. Le petit n'a pas beaucoup d'appétit mais il joue beaucoup, il passe son temps dans la montagne.
28/05/39
Ce dimanche a été très tranquille, on est sorti en ville avec Remedios. Cette ville me plait chaque jour davantage.
29/05/39
J'ai écris à mon compagnon chez Ramon Bossa. C'est lundi de Paques, il y a fête ici, on a fait une promenade.
30/05/39
Aujourd'hui mardi je suis retournée coudre, on m'a donné 5 francs, le caractère de ces personnes ne me plait pas beaucoup, mais je ferai le possible pour y rester. J'ai laissé le petit à l’hôpital.
31/05/39
J'essaie d'avoir le papier pour envoyer le petit à l'école, je crois que ce sera possible et il a très envie d'y aller. je l'ai laissé avec les copines au refuge.
01/06/39
J'ai le papier pour l'école mais comme c'est jeudi, il faudra attendre demain. Chaque fois je suis moins contente de cette maison, au point que demain je vais je vais aller demander les conditions à une autre maison qui me demande. J'ai eu une surprise. On me dit de Paris que mon frère est à St Etienne (Loire). Ca m'étonne beaucoup car d'Espagne on me dit qu'il est avec mes parents. Pour avoir la certitude j'ai écris à l'adresse donnée en mettant une enveloppe et un timbre.
02/06/39
J'ai travaillé jusqu'à midi et avant d'y aller je suis passée chez Mme Moro (Moureaux) pour avoir ses conditions pour travailler et coudre, et je crois que ça me plaira davantage. Comme chaque fois j'ai été travailler à 8 h et après le repas, en prétextant un problème de santé du petit, je suis partie et je ne suis rentrée qu'à 7 h du soir, pour leur dire que je ne pourrais pas revenir. Elle m'a alors dit de ne revenir que lundi, mais j'ai bien l'intention d'aller chez les autres personnes. On verra.
03/06/39
Je n'ai pas été travailler, j'ai lavé et cousu et nettoyé l'intérieur de "notre" maison. Je n'ai encore rien dit à Mme Colen, je ne sais pas comment faire mais je n'ai pas l'intention d'y retourner. Ils ne m'ont rien fait de mal, mais je préfère aider des gens travailleurs que servir des bourgeois, c'est le véritable motif. Remedios m'a tiré les cartes et me fait espérer que mon compagnon va arriver ici sans me prévenir, cela me donne une joie que personne d'autre ne peut ressentir. Pour me donner davantage d'espoir, la Paca a reçu une lettre de son mari qui lui cite beaucoup de connaissances qui ont réussi à passer ces jours derniers, pour cela je pense que ça peut m'arriver. Pourvu que cela soit.
04/06/39
Promenade du dimanche avec mon fils ,Remedios et Violetta. on a trouvé Mme Joshé et je lui ai donné 5 francs. Enfin, j'ai donné mon congé à Mme Colen, sous prétexte que mon fils est trop faible pour rester à l'intérieur toute la journée.
05/06/39
J'ai commencé la semaine chez mes nouveaux employeurs, ceux-ci me sont beaucoup plus agréables que les précédents, ce sont des travailleurs et tant envers moi comme envers mon fils ils se conduisent très correctement. Le matin je couds et l'après-midi je repasse. Reçu une lettre de mes frères Enriqueta et Manel, qui s'étonnent que Joseph ne m'écrive pas,ils disent que mon compagnon va mieux et qu'il sortira bientôt de l'hopital. Ils m'envoient l'adresse de la cousine Mlle Georgette Soriol, 7 rue de l'Ange - Perpignan Pyr. Or. . Reçu aussi lettre de Pilar Perez sans rien de particulier; je réponds à toute la famille, adressée à Carrer Carretas (chez Bossa) avec des vues de la ville. Jordi commence à l'école.
06/06/39
Je suis toujours aussi contente de mon travail. J'ai été manger à la "montagne" comme hier, Mme Colen est venue, et pour 2 jours m'a donné 15 francs, ce n'est pas mal. Jordi est à l'école, et j'écris à la cousine de Perpignan.
07/06/39
Je suis restée manger chez mes employeurs, et ça m'a beaucoup plu. Ils m'ont préparé un logement avec 2 lits, buffet, table, 8 chaises un fauteuil,2 armoires, une table de nuit, 2 horloges. Ce soir je n'y suis pas restée, mais je pense y rester demain, c'est quand même mieux qu'à la montagne. Reçu lettre de Jaume Llucia.
08/06/39
Comme je le disais hier j'ai décidé de passer la nuit dans ma nouvelle chambre pour me rendre compte. Mon travail consiste à accompagner les petits, une fillette de 4 ans qui ne marche pas, elle souffre du coeur, et un garçonnet de 2 ans (Jeannot Moureaux), et mon Jordi qui est entre les deux, à eux trois ils me rendent "lirona"(font tourner en bourrique) mais, patience, il y a bien pire.
09/06/39
J'ai très bien dormi avec le petit. Seulement j'ai une douleur rhumatismale, mais pour l'instant je ne tiens pas à voir le médecin. Le petit Jano et Jordi sont à l'école le matin, et l'après midi on se promène les 3. Jordi est enchanté de la vie, il se gave de bananes, d'oranges cerises fraises abricots pommes amandes noisettes et gâteaux le rendent heureux.
10/06/39
Je continue pareil au travail mais je me trouve vraiment très mal avec ces douleurs, des bleus apparaissent comme si le sang circulait mal. Si ça continue je devrai consulter le docteur. Mme Moro m'a donné un liquide pour frotter sur les parties douloureuses. On verra si ça s'améliore.
11/06/39
Je vais toujours aussi mal. Ce matin on est allé avec mon fils prendre un bain qui m'a coûté 5 francs. Ca nous a fait du bien et Jordi était très content. . Ensuite il a plu et on n'est pas sortis malgré que j'aie souhaité aller à la montagne chercher du linge. Mais je n'y serais peut-être pas arrivée tellement je me sens mal.. J'ai eu la visite de Remedios et de la camarade Ventura, de Tarrasa. L'après midi s'est passée à tirer les cartes et à discuter.
12/06/39
Il pleut et il fait froid comme un hiver dans mon pays. Je me sens un peu mieux. Jordi est de plus en plus content d'aller à l'école.
13/06/39
Reçu lettre de Maria Raventos qui annonce la mort de son mari. L'état de mes jambes empire, aussi je suis décidée à aller voir le docteur. Jordi est resté à l'école toute la journée et il est très content.. J'ai été à la montagne en me promenant avec la petite Janine. Mes camarades ont aussi reçu des lettres d'Espagne.
14/06/39
Le docteur ne m'a pas dit ce que j'ai, je dois prendre ma température et faire une analyse d'urine. J'ai un médicament pour 4 jours et je retournerai le voir. Il m'a trouvée très anémiée ce qui n'est pas surprenant. Jordi a eu son premier bon point, ce qui le rempli de joie quand il me dit qu'avec plusieurs bons points il aura droit à un jouet.
15/06/39
Ce matin, j’ai porté des urines pour analyse, à la pharmacie, et le résultat est négatif. Il s’agit peut-être d’un rhumatisme. J’ai de la fièvre: 38.2 malgré que je me sente mieux. J’ai passé la journée au lit, à coudre,. J’ai les pieds enflés.
16/06/39
C’est ce que je craignais, j’ai 37.7 et le docteur dit que les douleurs dans les articulations necessitent du repos et il est nécessaire que j’entre à l’hopîtal dès demain. Ce qui m’inquiète c’est que je devrai laisser le petit, on verra. Je reçois une lettre de mes parents et de Manel et Enriqueta. Ce qui m’étonne, c’est qu’il n’y a rien de Josep. Ils disent qu’ils nous réclameront lorsque le petit ira mieux, et que son père va bien. Mais je ne reçois rien de lui, aussi, entre une chose et l’autre, je ne sais plus que penser.
17/06/39
Je suis contente car j’ai reçu une lettre de mon cher compagnon. Il est à Zarragoza et il va bien. Il travaille comme volontaire avec une indemnité journalière de 1,5 peseta ce qui est peu, mais il en a assez pour ses rares dépenses. Cet aprè-midi, je suis rentrée à l’hopital; j’ai 38.6°. Jordi a eu un autre bon point. Je l’ai fait porter à la “montagne”, ainsi je serai plus tranquille.
18/06/39
Ce dimanche le petit est venu avec mes copines, un moment trop court. Le petit n’a pas pleuré en partant ce qui me rassure.. Je vais mieux.
19/06/39
Presque plus de fièvre, ça va mieux.
20/06/39
Je me suis levée un moment. Jordi est venu me voir à la sortie de l’école.
21/06/39
Jai un peu de fièvre. Jordi n’est pas venu, ça me chagrine.
22/06/39
Ce jeudi est jour de visites. Célestina est venue ce matin avec Jordi. Il est revenu avec des copines qui s’occupent de lui. Je leur en suis très reconnaissante.
23/06/39
Jordi est venu avant d’aller à l’école. Madame Mogo(Moureaux) m’envoie 4 superbes oranges, Je lui suis reconnaissante pour cette attention.
24/06/39
C’est la St Jean, mais ici ça ne se fête pas. Jordi est venu. Je crains de devoir rester ici encore plusieurs jours.
25/06/39
Jour triste. C’est le 4ème anniversaire de mon cher fils. Les autres anniversaires étaient déja tristes parce qu’il manquait la présence chaleureuse de son père. Mais cette année c’est encore pire, je suis à l’hopital, mon mari est dans un autre, et mon fils est dans un refuge.
26/06/39
Reçu lettre deu cousin Farrerons.Heureuse d’être en contact ici avec un membre de ma famille(en France). Ce qui me désole c’est ce qu’il me dit sur mon beau-frère et d’autres de la famille.
27/06/39
Encore à l’hopital, je ne sais pas pour combien de temps.
Jordi vient me voir avant l’école. c’est ma seule distraction
28/06/39
Je m’ennuie malgré que je travaille : couture, tricot (un pull pour M.Moureaux).
29/06/39
Reçu une lettre de mon mari. pas de mauvaises nouvelles mais pas de bonnes comme je le souhaiterais. Reçu de Mme Moureaux 6 oranges et de la laine, Jordi a passé l’aprè-midi avec moi.
30/06/39
Le medecin me dit que je pourrai peut-être sortir lundi. Reçu lettre de Joaquina Balios qui me raconte les exécutions qui ont lieu au village. Jordi n’est pas venu, je ne sais pas pourquoi.
02/07/39
Jordi est resté avec moi toute l’après-midi.
03/07/39
Je suis sortie de l’hopital. La famille Moureaux m’a très bien reçue. Envoyé un mandat de 25 F à Farrerons.
04/07/39
reçu lettre de ma soeur avec 3 photos de mes frères et soeur. Dommage qu’il n’y ai pas mes parents. Jordi a goutté à l’école : confiture, banane, abricots, gateaux,et sirop.
05/07/39
Reçu lettre de mon mari.
06/07/39
Reçu autre lettre de mes parents, ils sont déçus de ne pas recevoir mes courriers. On me dit que la Mairie pourrait me verser une aide. Les Moureaux ont payé à Jordi de belles chaussures (39 F)
10/07/39
La Mairie me verse 84 F
12/07/39
Reçu lettre des cousins Bossa avec 24 jours de retard.
13/07/39
Je reçois une lettre de mon compagnon, il me demande d’envoyer les prochaines lettres à Barcelona car il pense que l’hopital sera évacué dans quelques jours.
A la suite : il semble que Remei perçoive 84 f. de la Mairie par semaine. Jordi est en vacances depuis le 15/07 . Il assiste à un festival de gymnastique.
...21/07/39
Reçu une lettre de Jaume avec une photo.
...24/07/39
Ma soeur m’écrit : La Guardia Civil nous cherche.(mon mari et moi).
...04/08/39
Jaume m’envoie son adresse : Campo de Concentracion San Juan de Mazarrafat , sala 4, Zaragoza.
...14/08/39
On me tire les cartes : je serai encore longtemps en France, je verrez enfin mon compagnon mais pas mon beau frère.
....09/12/39
Je suis très contente, une lettre de mon compagnon me dit qu’il est en France, à Bayonne.
.......Pendant un mois et demi, Remei et Jaume s’écrivent chaque jour. Remei lui envoie plusieurs colis et mandats.
...25/01/40
Jaume lui dit qu’il change d’endroit
....08/02/40
La Mairie m’annonce qu’elle me retire mon allocation, je n’aurai que 28 f. pour mon fils.
09/02/40
mort de la petite Jeannine Moureaux (soeur de Jeannot, elle était malade depuis sa naissance).Son père arrive en permission le 12/02.
...23/02/40
La Mairie demande des renseigbements sur notre situation.
...26/02/40
Jaume m’annonce qu’il est à Sathonay
...01/03/40
Je reçois une lettre de Jaume qui me déçoit beaucoup, il part de Sathonay pour Marseille d’où il embarquera pour le Maroc.
...13/03/40
fin de la guerre entre Russie et ......(?)
....16/03/40
On reçoit la nouvelle que les femmes dont les maris sont en Espagne doivent partir, les autres peuvent rester pour l’instant. 27 de mes compagnes doivent repartir. entre autres : Lliberata i Bastardes. Mon cousin Mercader et la Maria de Cal Jepiç sont morts le 12. Je suis très attristée.
...En avril, j’ai deux offres de travail : Henry Barbier puis Marcel Vuillemenot à Grange Boisson , par Poligny.
...16/04/40 (Remei a eu 27 ans le 15)
Madame Moureaux me donne 1000 f. La famille Matabosh part vers l’Espagne rejoindre le mari. Je reçois un ceryificat de mon compagnon pour demander une allocation.
...10/05/40
La Belgique, la Hollande et le Luxembourg sont occupés par les allemands.
...21/05/400
Le Président du Conseil déclare que la situation est grave. Depuis le front, Monsieur Moureaux envoie une carte postale à Jordi.
...24/05/40
On me demande à la Mairie si je veux un contrat de travail chez le même patron que Colet. J’hésite. Les Colet, dont Célestina (ou Céline) sont à Lieusaint dans la région parisienne.
25/05/40
Première alerte aérienne de 18 h à 19 h.
...28/05/400
Le Roi de Belgique se rend aux allemands
01/06/40
Alerte toute l’après-midi. on a vu les avions.
idem le 02/06, et le 3 on annonce que Paris a été bombardé et qu’il y a de nombreuses victimes. L6, commence une attaque en direction de Paris.
Le 10, l’Italie déclare la guerre à la France et à l’Angleterre.
...12/06/40
Monsieur Moureaux me donne 150 f. Pour la première fois,Genève est bombardée. Les forces ennemis avancent.
......04/11/40
Je reçois l’allocation militaire de 1943,5 f. Ma soeur m’annonce qu’elle a été operée de l’appendicite.
....16/12/40
Je perçois 700 f. et Madame Paget me donne 600 f.
...04/01/41
Mme Moureaux me donne 500 f., et Mme Paget 100 f.
...03/02/41
Je perçois une allocation de 713 f.
....06/02/41
Jaume m’écrit qu’il est possible qu’il soit démobilisé
...03/03/41
Allocation : 322 f.
...06/03/41
Il y a des représailles à Morez suite à la découverte de fils télégraphiques coupés. Les occupants demandent 20000 f. d’indemnisation et le couvre-feu est fixé à 20 h. 200 hommes patrouillent toute la nuit. Il y a de nombreuses arrestations et il est interdit de passer d’une zone à l’autre. Comme mes lettres passaient par la Suisse, je crains d’avoir du mal à communiquer avec les miens.
...10/03/41
Jordi est au lit, il a , je crois, les oreillons.
...16/03/41
Les sanctions sont levées,on peut recirculer dans la rue jusqu’à 22 h. Mme Pget me donne 300 f.
17/03841
Mon frère m’annonce la mort de mon grand-père le 26 février.
...06/04/41
Je reçois l’allocation de 356 f.
....14/04/41
Fabien Barbero (il s’agit sans doute du beau-frère de Faust Campama, sergent de la Légion, qui était au Maroc à cette époque) m’écrit pour me dire qu’il est chez lui et bien, et que mon compagnon ne tardera sans doute pas à arriver
...19/05/41
Reçu photos de toute la famille. Jordi les reconnait tous. Reçu de Mme Paget 300 f. et 354,5 f. d’allocations. Gagné 22 f. à la loterie !
...22/06/41
L’Allemagne déclare la guerre à la Russie.
..08/06/41
Allocation 345 f., loterie 11 f !
...19/08/41
La Préfecture me répond que les autorités françaises acceptent ma demande mais il faut l’autorisation du Gouvernement Général du Maroc. Jaume doit faire la même chose de son coté. (Il s’agit de la demande de regroupement familial soit au Maroc soit en France).
...28/08/41
Gagné 22 f. à la loterie !
...08/09/41
Jaume dit qu’on lui refuse le séjour au Maroc. je suis très déçue.
...17/09/41
Le Consulat d’Espagne m’envoie un questionnaire. Reçu de Mme Paget 900 f.
...03/10/41
Jordi entre en 6 ème, il est très content.
... 23/10/41
Reçu réponse de Mlle Lamy
..;13/01/42
Démobilisation de Belart(ami de Jaume), ils passent 8 jours à Camp Monod chez Ardebol.
...06/02/42
Le train circule à nouveau (neige), 8 jous sans nouvelles.
...20/02/42
Maria Espasa me demande des renseignements pour le contrat de Jaume.
...27/02/42
Reçu 300 f de mon compagnon (jusqu’à cette époque c’est Remei qui envoyait des mandats à Jaume, à partir de 1942, c’est le contraire).
...03/03/42
L’aviation anglaise bombarde Paris, occasionnant 500 morts.
...05/04/42
Avec Jordi nous allons à Champagnole, nous partons à midi avec une occasion (pour travailler chez M et Mme Ardiet et quelques jours de congé)
...09/04/42
Nous revenons de Champagnole, la ville me plait beaucoup.
...23/05/42
Andrée Paget m’annonce la mort de notre cousin, Robert Bossa (Andrée était en Suisse, où elle recevait mon courier)
...09/06/42
J’écris au Consulat d’Espagne pour demander des renseignements afin de faire un voyage dans notre pays.
...25/06/42
Reçu cinq feuilles de formulaire du Consulat.
...22/07/42
Jordi a beaucoup de fièvre : rougeole.
Les Paget me font un contray de travail de 1 an.
...13/08/42
Je fais une nouvelle demande de carte d’identité.
...22/08/42
Le service départemental m’indique d’autres formalités pour obtenir la carte. Le 24, je paie 25,6 f à la perception, j’ai le numéro 35-27
...31/08/42
Je reçois l’allocation de 4187 f (allocation militaire demandée le 30 avril)
...11/09/42
Reçu un colis de 3 kg de tomates des Colet (parents de Céline, à Lieusaint)
...13/09/42
journée au lac des Rousses. La pluie nous fait courir.
...15/09/42
Reçu un colis de Jaume (déja reçu un le 02/09)
...30/10/42
Reçu un colis de tomates des Colet.
...06/10/42
Jaume m’annonce qu’il est détaché à Rabat.
...07/10/42
J’obtiens un certificat de travail pour Jaume par M.Gauthier.
08/10/42
Je reçois la visite de Mlle Lamy qui me promet de tout faire pour nous permettre de nous retrouver avec mon compagnon. (elle travaillait à la Préfecture, je crois)
...12/10/42
Jordi est vacciné pour la première fois contre la diphtérie et le tétanos.
Je reçois quelques objets que mon époux envoie à Prémanon (ce village est en zone libre)
...30/12/42
Reçu ma carte d’identité.
...08/11/42
Les troupes anglo-américaines débarquent en Afrique du Nord, je crains de ne pas avoir de nouvelles de Jaume pendant quelque temps.
09/11/42
La situation est confuse, mais il semble que les Alliés prennent pied.
Le 10 : le problème est presque résolu en Algérie, mais le Maroc semble résister.
Le 11 : ordre est donné de ne pas ouvrir le feu. L’armistice est un fait pour toute l’Afrique. Les troupes de l’Axe sont en débandade. En Egypte, on parle de 40000 prisonniers.
...22/11/42
Darlan, Giraud, Noguès et d’autres se.................( joignent ?) aux forces anglo-américaines.
...27/11/42
La flotte française se saborde à Toulon, avant de tomber entre les mains des troupes allemandes, on pense que 60 unités sont détruites.
...13/12/42
Sans nouvelles depuis plus d’un mois, j’écris à l’Office Marocain, Hotel Carlton à Vichy pour obtenir des nouvelles de mon compagnon.
...25/12/42
L’Amiral Darlan est assassiné à Alger.
...07/01/43
Nous allons à Champagnole pour acheter un costume à Jordi, payé par les Paget. : 630 f.
...28/01/43
Depuis Prémanon, Mme Moureaux écrit à la Croix Rouge Suisse pour avoir des nouvelles de Jaume.
31/01/43
8 jours de grippe pour Jordi
...22/02/43
Il se dit que la ligne de démarcation sera levée et que l’on pourra écrire librement dans toute la France. Le 23, j’écris à la Croix Rouge pour avoir des nouvelles.
...23/03/43
J’ai la surprise de recevoir une lettre de mon frère avec des nouvelles de mon compagnon.
...29/03/43
Je reçois mes lettres et je réponds par l’intermédiaire de Andrée Paget (qui est en Suisse).
...11/04/43
Ma soeur me demande d’aller en Espagne. Je suis très indécise
...23/04/43
Je reçois une lettre de Jaume par la Croix Rouge. (c’est la 1 ère depuis 5 mois)
...06/05/43
Terrible incendie dans le voisinage. 2 enfants Colen (cousins) sont gravement brulés. Bernard décède l’après midi, et la petite à 21 h.
08/05/43
Enterrement des 2 enfants . Jordi y assiste avec les enfants de l’école.
Tunis et Bizerte sont prises par les forces anglo-franco-américaines.
...19/06/43
Les lettres de mon mari arrivent par la Croix Rouge. La dernière est datée du 1 mai.
...11/07/43
Les troupes anglo-américaines débarquent en Sicile.
...16/08/43
Jordi part en Colonie de Vacances pour 1 mois.
Du 17 au 20, je suis couchée, j’ai mal à la gorge (angine)
...23/08/43
Je suis à Champagnole pour huit jours : couture et divers chez les Ardiet.
...26/08/43
Jour très triste, ma soeur se marie et je ne peux pas être avec elle.
...02/09/43
Je vais voir Jordi à Champsigna, il va bien mais il a mal au doigt.

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